Mais montrez ce que vous faites

Rémi Mer : "L'image publique de l'agriculture balance entre deux extrêmes. Les agriculteurs sont coincés entre la face bucolique de la publicité et celle, négative, des médias". - © claire le clève
Les sondages sont pourtant là. "La bonne nouvelle c'est que vous avez une excellente image. La mauvaise, c'est que les agriculteurs n'y croient pas", pointe Remi Mer. Depuis la sortie de son ouvrage, "Le paradoxe des paysans", ce sociologue, spécialisé dans le traitement des différentes crises par les médias, n'a de cesse de pointer cet étrange paradoxe paysan. Car, pris en étau entre la représentation bucolique, que fait de lui la publicité, ou celle totalement dépassée des manuels scolaires, ou bien extrêmement critique des relais d'opinion "sur les crises alimentaires, l'environnement ou la santé", le monde agricole est mal à l'aise entre ces représentations extrêmes. Il a d'autant plus de mal à entendre qu'on l'aime que le marché accorde une faible valeur à ses productions.
Trop de paradoxes pour se sentir apprécié
Car, si l'image des agriculteurs est plutôt très bonne, chez 63 % des Bretons, par exemple, "elle n'est pas basée sur une bonne connaissance de l'agriculture. C'est donc fragile", met en garde Remi Mer, pointant un deuxième paradoxe. Pire, "les critiques d'hier font l'opinion d'aujourd'hui; celles d'aujourd'hui feront l'opinion de demain", explique-t-il. Alors, pour combler l'écart entre l'image perçue et l'image réelle, le sociologue a imaginé trois scénarios possibles. Entre la posture du "conflit et sa résolution juridique", ou bien celle de "la fuite en avant qui ignore la crise", la troisième voie est celle de la "co-construction, de la coopération, de la contractualisation".
La troisième voie
Car si le 20e siècle a vu la rupture s'opérer entre un monde qui, en 1900, comptait 40 % d'agriculteurs sur ses 40 millions d'habitants, pour arriver à 4 % de ses 65 millions, en 2000, le 21e siècle pourrait être celui de la réparation. "En créant un nouveau contrat entre l'agriculture et la société. Montrez ce que vous faites en ville et investissez sur une ou deux personnes formées qui sachent parler aux médias avec des messages clairs et adaptés, avec des méthodes. Cela s'apprend". Un dialogue avec les consommateurs que JA 56 avait pourtant souhaité, invitant l’association départementale UFC Que Choisir aux débats. Un rapprochement qu'elle a dû décliner sur injonction de sa fédération nationale au motif que JA ne répondait pas à ses attentes. Mais comment pouvoir y répondre si on ne peut les entendre exprimées ? Autre paradoxe !
Claire Le Clève
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