Le Paysan Tarnais 01 août 2019 à 08h00 | Par F. Roussel

La Chambre en alerte face au probable élagage de son budget

Le projet de loi de finances 2020 prévoit une réduction de la TATFNB qui est reversée à 100 % aux Chambres d’agriculture. Jean-Claude Huc, président de la Chambre d’agriculture du Tarn, nous explique les risques qui menacent les agriculteurs tarnais.

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> Pouvez-nous rappeler l’utilité des Chambres d’agriculture ?

Jean-Claude Huc : Les Chambres assurent des missions de développement, de formation de conseil collectif et individuel pour tous les agriculteurs. Y compris dans des territoires ou des secteurs d’activité où d’autres opérateurs ne souhaitent pas ou plus intervenir. Elles sont au service des projets des agriculteurs à chaque étape de la vie de leur entreprise : installation, conseil stratégique, conseil technique, appui aux différentes démarches administratives ou de demandes d’aides. Elles contribuent à l’amélioration de la performance économique, sociale et environnementale des exploitations agri- coles et de leurs filières.

Nous intervenons aussi pour le développement des territoires, en animant les comités de développement et en construisant des actions avec les collectivités ; par exemple, les projets alimentaires territoriaux, les marchés de producteurs de pays, la gestion de l’eau, les plans climat-énergie, les mesures agro-environnementales, etc.

> L’action de la Chambre d’agriculture va-t-elle au delà ?

JCH : Les Chambres ont aussi un travail de représentation de la profession agricole auprès des pouvoirs publics. Elles apportent leur appui dans l’argumentation des dossiers tels que les zones défavorisées, la négociation des aides ou la gestion des crises.

La représentation officielle auprès des politiques, c’est aussi la défense des terroirs ruraux. En défendant l’agriculture, on œuvre pour l’attractivité de territoires de montagnes et tous les autres. On défend l’école qui fonctionne, les animations et les festivités. Les évènements touristiques et les comités des fêtes fonctionnent grâce aux forces vives que sont les paysans et leurs familles. La fête de l’ail, la fête des vins ou encore la foire de Payrac, sans paysans ça donnerait quoi ? Les élus que nous rencontrons en tant que représentants de la Chambre d’agriculture nous écoutent et nous savons leur répéter ce qui est important et vital pour nos campagnes.

> Quels moyens financiers sont menacés dans le Tarn ?

JCH : La réduction de 15 % de la TATFNB représente 468 000 €. C’est 8 % du budget de la Chambre d’agriculture du Tarn. Il faut savoir que l’ensemble de la taxe sur le foncier non bâti varie d’une chambre à l’autre. Mais en moyenne, elle représente la moitié du budget. Elle constitue la part de financement destinée aux actions soutenues partiellement par d’autres ressources. La Chambre d’agriculture est co-financeur avec l’Union Européenne, la région Occitanie. Par conséquent, l’accueil des porteurs de projets au point installation, les bulletins de conseil technique pourraient ne pas survivre. L’appui à des projets collectifs, comme la légumerie Terra Alter, peut également souffrir si le budget 2020 gouvernemental reste conforme au projet de loi.

> L’impact d’une telle mesure pourrait-il affecter toutes les fermes tarnaises ?

JCH : Au vu de la diversité des missions de la Chambre d’agriculture, oui ! Nous produisons du conseil technique pour les céréales, la viticulture, l’ail, les bâtiments d’élevage, la gestion des prairies et il y a d’autres exemples. Selon la demande venue du terrain, nous effectuons des formations dans de nombreux domaines, tels que la santé des animaux, l’agriculture de conservation, la maîtrise des intrants, l’organisation du travail, la vente (directe et à la restauration collective), la conversion à l’agriculture bio et bien d’autres encore. Ce serait vraiment dommage de fragiliser des chantiers qui répondent aux attentes sociétales. Notre agriculture est un atout et une fierté pour nos concitoyens. Elle est le moteur économique des territoires ruraux où plus de la moitié de l’emploi productif dépend de l’activité agricole et agroalimentaire.

La Chambre a pris la responsabilité d’investir dans des profils d’experts qui renforcent notre conseil technique. Nous ne devons pas en venir à remettre en question ces postes-là. Si jamais le Parlement vote de telles coupes budgétaires à l’automne, le bureau de la Chambre pourrait être contraint d’établir des priorités. Les agriculteurs innovent et s’adaptent dans un contexte d’incertitudes et aussi parfois d’incompréhension avec la société et les consommateurs. Affaiblir les Chambres d’agriculture équivaudrait à priver les exploitations agricoles de recherche et développement et d’innovation à l’échelle locale. Ce serait un non-sens.

> Y a-t-il pire moment pour faire ces propositions ?

JCH : Ce que je regrette, c’est qu’on nous dise aujourd’hui que les financements vont changer dans 6 mois ! Dans un contexte où les besoins de suivi et d’accompagnement sont à leur maximum, c’est malvenu. Les services de l’administration et de l’État sont en constante diminution, en rajouter une couche de cette façon, c’est assez brutal.

En ce qui concerne le Tarn, nous faisons partie des départements qui forment le plus. Comme les autres chambres, le travail de l’ombre est conséquent et même s’il n’est pas toujours perçu sur le terrain, il est indispensable.

Une chose est sûre : nous répondrons toujours à la demande des agriculteurs, si on en a les moyens…

> Quelles actions sont envisagées pour éviter la coupe budgétaire ?

JCH : J’ai alerté tous les parlementaires du Tarn. Ils m’ont tous répondu et j’ai déjà rencontré plusieurs d’entre eux. L’objectif est de leur démontrer les conséquences de la diminution des moyens des Chambres d’agriculture pour les exploitations agricoles et pour nos territoires ruraux. Nous devons y arriver afin de garder les outils pour mener correctement nos missions.

F. Roussel

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