Canicule
Arboriculture : un bon démarrage rattrapé par le coup de chaud
La saison s’annonçait correcte mais la sécheresse couplée à la chaleur engendre une récolte plus précoce et impacte le calibre des fruits.
La saison s’annonçait correcte mais la sécheresse couplée à la chaleur engendre une récolte plus précoce et impacte le calibre des fruits.
“On était partis sur une récolte correcte en pommes et fruits d’automne, ni trop faible, ni exceptionnelle”, relate Thierry Garrigues, président de la section arboriculture de la FDSEA. Mais du fait de la canicule et du manque d’eau, les estimations doivent être révisées. “En pommes on n’a pas atteint le calibre et la récolte est plus précoce, ce qui donne encore moins de temps au fruit pour grossir”, prévient l’agriculteur “On a beau apporter de l’eau, on s’aperçoit que les arbres souffrent”, poursuit le gérant des Vergers du bosquet à Senouillac. Pour encaisser le coup de chaud, les arbres plient leurs feuilles pour stopper le phénomène de photosynthèse, ce qui ralentit tout son système. “Les seuls endroits où la production se maintient, c’est là où on peut irriguer or, il y a des restrictions qui nous freinent”, ajoute Thierry Garrigues. Malgré les filets paragrêle qui réduisent la luminosité de 20%, les pommes en bout de rang ont pris des coups de soleil. Cela faisait plus de 20 ans que l’agriculteur n’avait pas vu ça. Inévitablement, ces fruits endommagés seront déclassés. Troisième sujet de préoccupation : si ses pommes sont ramassées sous des températures élevées, la durée de conservation pourrait être amoindrie.
Risque de pertes
Si les producteurs de la plaine ont pris un coup, les terroirs plus montagneux n’ont pas été beaucoup plus épargnés. C’est en tout cas le constat que fait Gabrielle Celariés, des Vergers de l’Oustalou à Miolles. “On a beau avoir un micro-climat plus tempéré et une irrigation mesurée, on souffre aussi des températures qui ne baissent pas, surtout la nuit”, celle qui a repris l’exploitation de 5 hectares en 2024. Les précédentes productions ont été inégales : “sur la dernière variété de pêche, les ravageurs qui ont soif et faim dévorent les fruits”. Au total, Gabrielle Célariés prédit une baisse d’un tiers de sa production de pêches, “soit parce que les fruits sont trop petits, soit parce qu’ils sont invendables du fait des ravageurs”. Pour ce qui est des abricots, le tonnage sur ses arbres anciens devrait être divisé par deux. Concernant les pommiers, la topographie du terrain empêche l’agricultrice de poser des filets para-grêle pour réduire l’ensoleillement (les vergers sont situés sur des coteaux). “Et laisser plus de feuillage au moment de la taille n’est pas non plus une solution car les fruits ont besoin de lumière”, poursuit l’ancienne enseignante agricole. Résultat : sur les pommiers et les poiriers “les feuilles se replient, les arbres ne récupèrent pas bien. Elle aussi est confrontée à un problème de coup de soleil qui vont envoyer sa production directement en jus. A terme, le risque c’est que les arbres fassent tomber leurs fruits”, redoute l'arboriculteur.
Des restrictions d'eau qui font râler
Le plus frustrant pour la quadragénaire, c’est que “les arbres souffrent, mon ruisseau continue de couler, mais il y a une restriction d’eau sur le Rance donc je ne peux pas prélever autant que d’habitude. Ça fait râler, ça montre la déconnexion des décideurs.” En reprenant l’exploitation il y a deux ans, la productrice avait rajouté des abricotiers, des pêchers, des châtaigniers et des pruniers. Ces jeunes arbres sont plus sensibles aux aléas climatiques que ses essences d’une quarantaine d’années. “J’ai déjà perdu quelques kiwis, si ça continue, c’est tout mon investissement initial qui va partir en fumée”.