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Chambre d'agriculture : une session animée... puis désertée

Vendredi dernier, les élus de la Chambre d’agriculture du Tarn ont quitté leur session. Une décision intersyndicale destinée à marquer un ras-le-bol auprès du préfet, représentant de l’État.

“Je crois que le corum n’est plus atteint pour permettre le bon déroulement de cette matinée.” Vendredi 13 mars dernier, le président Sébastien Bruyère a été contraint de lever la session de la Chambre d’agriculture du Tarn. Pourtant, la séance avait démarré d’une manière on ne peut plus classique avec un discours d’ouverture, le vote du budget et les délibérations. Mais aux alentours de 11h, la matinée a pris une tournure bien différente : les élus ont décidé de quitter la session afin de marquer leur mécontentement sur la gestion de la DNC et l’export des animaux.

"Une unité rare qui montre la gravité du moment"

Silence dans la salle. Nicolas Busolin, éleveur et élu (CR) à la CA81, porte la voix de ses collègues : “Les représentants de la profession agricole ont pris la décision de quitter symboliquement cette session. C’est un geste grave. La situation que vivent les éleveurs tarnais l’est tout autant. Cette semaine, nous apprenons que l'État n’est pas en mesure de fournir aux pays importateurs les données qu’ils demandent, alors qu’elles ont été collectées consciencieusement par les services sanitaires de notre département. De ce fait, l’ouverture de l’export est repoussée d’un mois supplémentaire. Le Tarn a choisi de vacciner, il faut qu’il l’assume. Sur le terrain, les éleveurs tiennent comme ils le peuvent, les étables sont pleines de veaux, et certains ont contracté des prêts bancaires pour tenir encore quelques semaines. Nos bovins sont assimilés à des animaux à risques alors qu’ils sont indemnes de la maladie et protégés par la vaccination. Certaines mesures sont incompréhensibles. Mais ce qui nous inquiète encore plus, c’est la situation humaine : chaque jour, nous recevons des appels d'éleveurs en détresse. Des hommes et des femmes à bout, financièrement et moralement. Nous agissons ensemble dans une démarche intersyndicale. Cette unité est rare, cela montre la gravité du moment. Ce geste est là pour dire que la situation n’est plus tenable pour des exploitations, des familles et des vies.” Une union forte pour une lettre directe à laquelle le préfet du Tarn Simon Bertoux a de suite réagi sur place : “J’aimerais avoir une discussion avec vous, hors du cadre de la session.” Chose que les syndicats ont accepté.

"J'arrive aussi à être entendu"

Malgré la détresse générale, les échanges sont restés très respectueux et constructifs face au préfet. Dans son discours assez revendicatif, Sébastien Bruyère a dénoncé “l'hypocrisie généralisée de l’État”, mais aussi “l’état d’exaspération total dans lequel se trouve l’agriculture tarnaise”, ou encore une situation “qui ne va convaincre personne de faire de la vaccination préventive.” Le sénateur Philippe Folliot a été un des premiers à prendre la parole : “On aimerait que vous fassiez remonter notre colère. Certaines choses ne sont pas acceptables, il y a une absence de réponses et d’écoute. On soutient les responsables syndicaux dans leur démarche.” Des propos validés par Marie-Lise Housseau, sénatrice du Tarn, qui ajoute : “De ce que je perçois, c’est qu’il y a une réelle volonté de la part du gouvernement d’aider le monde agricole. Néanmoins, il faudrait que la ministre vienne sur le terrain pour mesurer cette détresse.” De son côté, Maryline Lherm (Conseil départemental) évoque une “situation insupportable” pour les éleveurs tandis que Patrick Gayrard (Alma GDS) affirme son incompréhension : “Il n’y a pas de risques sur le département. Nous sommes dans une zone saine. On est entendus au niveau départemental, mais au national, c’est une catastrophe.” Face à toutes ces réactions, le dernier à s’exprimer a été le principal concerné : Simon Bertoux. “La stratégie de vacciner a porté ses fruits pour éteindre les foyers sur notre territoire, commence-t-il. Maintenant, la priorité absolue, c’est de convaincre l’Italie et l’Espagne de ré-ouvrir les échanges commerciaux avec le Sud-ouest le plus vite possible. Le fonds d’urgence va bientôt commencer à être versé aux élevages touchés. J’entends votre frustration. De mon côté, j’arrive aussi à être entendu et obtenir des choses au ministère. Je m’engage à faire remonter votre action d’aujourd’hui ainsi que votre état d’esprit.” 

Désertée mais pas abandonnée, la session de la Chambre d’agriculture du Tarn a été plus que mouvementée la semaine passée. Un geste fort pour une réaction plus qu'attendue, espérons désormais que ce vendredi 13 portera chance aux éleveurs tarnais et à leurs responsables syndicaux.

Réaction de Christopher Régis, (élu JA/FDSEA) "À la demande de tous les syndicats, nous avons souhaité rédiger ce courrier commun. Ensuite, nous avons discuté avec le préfet, le Conseil départemental ainsi que les sénateurs qui se sont engagés à faire remonter nos doléances. Nous attendons des réponses claires et rapides pour nos éleveurs.”

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