Dossier Remplacement
Congés : "on arrive à partir l'esprit tranquille"
Jean-François Esteveny, éleveur caprin à Rouffiac, fait régulièrement appel au Service de remplacement…et y prend goût. Depuis, son équilibre de vie et de travail a positivement changé.
Jean-François Esteveny, éleveur caprin à Rouffiac, fait régulièrement appel au Service de remplacement…et y prend goût. Depuis, son équilibre de vie et de travail a positivement changé.
> Monsieur Esteveny, pouvez-vous dans un premier temps présenter votre activité et votre exploitation ?
“Je me suis installé sur l’exploitation familiale avec ma femme en 1988. Nous élevons à ce jour un troupeau de 350 chèvres environ et produisons aussi des céréales. Notre fille nous a rejoint sur la structure il y a 12 ans, mais a finalement décidé de quitter le Gaec récemment pour découvrir autre chose.”
> Depuis quand faites-vous appel au Service de remplacement (SR) du Tarn ?
“Ce n’est pas nouveau ! Ça a commencé à la naissance de notre deuxième enfant pour un congé maternité. Puis de fil en aiguille, nous avons continué afin de prendre des congés dans l'année. Et nous n’avons jamais arrêté.”
> Pour quel(s) type(s) de travaux prenez-vous un remplaçant ?
“Au départ, pour les travaux d’automne et les semis de céréales. Parfois en remplacement, mais parfois aussi pour nous seconder en travail sur les pics. Ensuite, ça a dérivé sur les mises bas. Pour cela, on prenait essentiellement des filles car ça marchait plutôt bien. Nous n’avons vraiment jamais eu de soucis.”
> C’est quelque chose que vous anticipez beaucoup ?
“Oui, on essaie de prévoir nos congés à l’avance, que ce soit pour un week-end ou pour une semaine. L’insémination et la reproduction au troupeau est également une période plus ou moins calée. Mais parfois, on sait qu’il y a des imprévus. C’est arrivé une fois qu’un agent parte de chez nous pour un besoin urgent et supérieur ailleurs. Il faut arriver à se mettre cela dans l’esprit aussi. Un jour, ça peut être nous.”
> Partir en congés quand on est agriculteur, ce n’est pas vraiment dans les mœurs…
“Et c’est bien dommage. Dommage que les exploitants en associations ne cherchent pas à se libérer plus de temps. Aujourd’hui, j’ai 60 ans et ma femme en a 57. Je me réjouis de pouvoir vivre différemment de nos anciens. Ils se sont sacrifiés pour leur exploitation et les pauvres n’ont profité de rien. Toutefois, partir en congés c’est aussi un investissement et il faut prendre en compte la partie financière. Nous, en tant qu’éleveurs laitiers, je sais que nous avons droit à un crédit d’impôt.”
> Arrivez-vous à faire confiance à quelqu'un que vous ne connaissez pas ? Comment gérer cette charge mentale là ?
“On arrive à partir l’esprit tranquille. Et c’est nécessaire. On laisse notre exploitation, notre outil de travail, nos animaux, notre maison… mais il faut savoir faire confiance. C’est sûr que la tête y pense un petit peu mais nous ne restons pas pendus à notre téléphone toute la journée pour savoir si tout va bien. S’il y a un souci urgent, les agents du SR peuvent bien entendu nous appeler. Il y a vraiment des gens bien qui nous remplacent, et nous en sommes pleinement satisfaits. Quand ils arrivent, c’est aussi à nous de les mettre dans les meilleures conditions et de leur simplifier au mieux le travail.”
> Et vous y prenez goût !
“Oui, de plus en plus. D’autant plus que nous trouvons des personnes compétentes pour nous remplacer. Grâce à cela on peut aller à des anniversaires, en voyage… Passer du temps avec des personnes non issues du milieu agricole, cela nous permet aussi d’ouvrir les yeux. Eux, ce sont des salariés… normaux ! En discutant, on s’aperçoit parfois qu’on est complètement à côté de la plaque au sujet du temps que nous nous accordons en dehors de l’exploitation. Moi, je ne changerai de métier pour rien au monde, mais s’en aller quelques jours permet de souffler et de changer notre rythme de vie. On est contents de partir, mais tout aussi heureux de revenir.”
> Quand est-ce que vous avez réellement changé d’état d’esprit à ce niveau ? Y a-t-il eu un déclic ?
“Ma femme a perdu sa maman très jeune. C’est quelque chose qui, je pense, lui a fait changer sa façon de voir les choses : profiter davantage de ses enfants, de sa famille… En couple, nous avons de nombreux divertissements. C’est important car sinon, on étouffe. C’est notre philosophie et je pense que nous avons trouvé un équilibre qui nous convient pas trop mal.”
> Aviez-vous d'autres solutions sous la main pour vous faire remplacer ?
“À une époque, on a eu fait des contrats Tesa (Titre emploi service agricole) à un cousin pendant un an ou deux. Sinon, nous sommes toujours passés par le SR. On aurait pu embaucher un salarié à plusieurs, mais avec les contraintes qui vont avec : des jours imposés et assez peu de souplesse. Nous, on cherchait une solution plus ponctuelle.”
> Le troupeau ressent-il une différence lorsque ce n’est pas vous qui vous en occupez ?
“Oui, peut-être au premier passage de la traite, car les odeurs ou la voix ne sont pas forcément les mêmes. La façon de travailler également. Si les tâches ne sont pas réalisées de la même manière ce n’est pas grave, il suffit que ce soit fait.”
> On imagine que vous ne pourrez pas revenir en arrière…
“C’est une certitude. Je souhaite préciser aussi que nous n'avons jamais eu besoin de faire appel au SR en urgence. Je sais que pour certains, cela découle d'une raison bien différente et parfois même dramatique. Pour nous, c’est du confort. C’est un coût certes (carte d’adhésion et forfait de travail), mais de manière globale, on est contents de ce système et on souhaite qu’il dure.”