Agronomie
Creuser pour observer : le sol scruté de près
Une journée technique "Aérer le sol sans le déstructurer" a attiré la foule le 22 septembre dernier à la ferme de Bellegarde-Marsal.
Une journée technique "Aérer le sol sans le déstructurer" a attiré la foule le 22 septembre dernier à la ferme de Bellegarde-Marsal.
Dans le cadre du projet Objectif Sol, une journée technique était organisée en partenariat avec la FDCuma du Tarn, le syndicat mixte Tarn Aval et la Chambre d’agriculture du Tarn. Les agriculteurs étaient au rendez-vous : une centaine de participants venus du Tarn et des départements voisins se sont inscrits à la journée, témoignant d’un réel intérêt pour la gestion des sols. Le message clé : un sol en bonne santé est un sol aéré permettant une infiltration de l’air et de l’eau, en profondeur pour que le système racinaire des plantes se développe correctement. Or, le travail agricole peut compacter le sol : le passage des machines (une moissonneuse pèse 20 tonnes, un tracteur 10 tonnes), des troupeaux (0,7 tonne pour une vache) et même les précipitations au fil du temps entraînent des problèmes de compaction.
"Le ver de terre est votre premier outil"
Comment résoudre ce problème ? La solution n’est pas immédiatement mécanique. “Avant d’intervenir, observez le sol”, martèle Pierre Malié, pédologue, “surtout quand il est en excès d’eau”. Un coup de pelle manuelle ou mécanique pour aller plus en profondeur permet d’avoir les premiers indices, voir si le sol est homogène ou s’il y a des discontinuités. “Chaque sol est différent en fonction de sa nature, du climat, des cultures ou troupeaux au-dessus et des interventions de l’agriculteur”, rappelle Yves Ferrier, technicien de la Chambre d’agriculture. Ce dernier a rappelé que la première des solutions pour un sol bien aéré est biologique. “Le ver de terre est votre premier outil”, indique le pédologue. Avoir un sol riche en matière organique est donc primordial : couvert végétal, fumier, résidus de récolte, compost, déchets verts… Les productions en élevage ont un avantage indéniable. Attention aussi à réduire l’usage des perturbateurs chimiques, à adapter les rotations et surtout à limiter les passages de machines agricoles qui tassent le sol (et à privilégier des pneus plus larges et un peu sous-gonflés).
Fissurateur ou compacteur ?
Des machines agricoles comme le fissurateur et le compacteur peuvent tout de même aider à aérer la terre lorsque celle-ci présente des couches imperméables, où ni l’air ni l’eau ne passent. L’outil va ainsi permettre de casser des zones tassées. Tandis que le fissurateur vient créer des brèches dans le sol sans le retourner jusqu’à 30 cm de profondeur, le décompacteur va, quant à lui, travailler plus profondément (jusqu’à 60- 70 cm) et soulever le sol. Mais ces interventions mécaniques doivent être limitées. Sébastien Jalby, animateur de la Fédération des Cuma du Tarn l’assure : “Il n’y a pas d’intérêt à fissurer tous les ans, d’où l’idée de se partager cet outil”. L’après-midi, les démonstrations de machines - trois fissurateurs et deux modèles alternatifs - et l’ouverture de fosses pédologiques ont permis aux agriculteurs de voir concrètement l’effet des machines sur le sol. Si la lecture des fosses reste un exercice encore difficile pour certains, Yves Ferrier insiste : “il ne faut pas avoir peur : plus les agriculteurs iront voir leur sol, plus ils sauront”.
Des économies en GNR immédiates
Ensuite, il faut s’armer de patience. Les résultats prennent plusieurs années à apparaître. “C’est un travail pour les générations futures”, explique Pierre Malié. Alors que la période de marasme économique n’est pas portée sur l’investissement, les animateurs suggèrent d’y aller progressivement, d’abord sur une petite parcelle et de faire des essais sur des parcelles plus grandes. Dans les rangs des participants, certains voient tout de même un intérêt économique immédiat : “minimiser le travail pour réduire les coûts”, explique un céréalier de La Sauzière-Saint-Jean. Un argument non négligeable alors que le prix GNR s’envole. Pour un éleveur équin de Haute-Garonne, l’ambition est de “découvrir de nouvelles pratiques pour assurer des bons rendements”. Sa production de foin a dégringolé de -50% cette année. La sécheresse dévastatrice de cet été impose à tous de s’engager dans des pratiques permettant de retenir l’eau plus longtemps.
Denis Albenge, éleveur à Couffouleux : "Je cherche la robustesse de mon système"
"Je suis sur une exploitation en polyculture élevage. J’ai des Prim’Holstein et je vends le lait à la coopérative Biolait. Je me suis installé en 1989, j’ai repris une ferme avec un élevage extensif. Les sols n’étaient pas mauvais mais en faisant du labour, je les ai vu se dégrader en quelques années. Je me suis remis en question. J’ai arrêté le labour en 1995, puis en 2000 je suis passé au semi-direct et en 2005 j’ai converti l’exploitation en agriculture biologique. Quand j’ai arrêté de labourer, j’ai vu beaucoup moins de battance. Moins je touchais les sols, mieux ils encaissaient. Je fais des rotations sur mes prairies avec du fumier, du lisier. Sur les parcelles à la traîne, j’ai mis du BRF (bois raméal fragmenté) pendant 7 ans, j’ai vu la différence. Je pratique aussi le sur-semis pour ne pas avoir de terre nue : à l’automne, je sème des céréales à paille. La prairie revient dessus, ça augmente le système racinaire et ça permet une meilleure coupe au printemps avec plus de biomasse. Les résultats sont variables car les terres sont toutes différentes. Ca n’est pas parfait mais c’est quand même beaucoup mieux. Je ne serais pas arrivé à ce résultat sans mon activité d’élevage. Depuis le début des années 2000 je ne fais pratiquement plus de travail profond. Aujourd’hui, je continue de faire des trous dans le sol : tant que je vois les racines descendre, je ne le touche pas. Quand c’est nécessaire, je travaille avec une fraise posée sur quatre roues : c’est le seul outil simple capable de scalper. Cette année, malgré la sécheresse je pense que ça va être une de mes meilleures années, mais cela a impliqué d’irriguer. Quand je me suis lancé, je n’étais pas sûr de ce que je faisais mais aujourd’hui je sais que j’ai fait le bon choix. Je ne cherche pas la performance mais la robustesse du système."