Dossier Bio
David Nègre : "Je n'aime pas faire comme les autres"
L’éleveur de Gasconnes à Andouque est passé en bio en 2022 et pour rien au monde il reviendra en arrière. La clé de sa réussite : adapter son élevage au terroir et arrêter de dépendre des autres.
L’éleveur de Gasconnes à Andouque est passé en bio en 2022 et pour rien au monde il reviendra en arrière. La clé de sa réussite : adapter son élevage au terroir et arrêter de dépendre des autres.
David Nègre, éleveur de bovins viande à Andouque, co-président du syndicat des éleveurs de Gasconne des Pyrénées du Tarn répond à nos questions.
> Pouvez-vous nous présenter votre exploitation ?
"Je me suis installé en 2005 en reprenant l’exploitation de mon père. Nous sommes situés à Andouque, dans le Ségala. Mon père avait 60 hectares et 50 vaches Limousines. Aujourd’hui j’ai un troupeau de 260 à 280 bêtes, sur 175 hectares de SAU dont 140 hectares de prairies naturelles. J’ai 80 mères, pour moitié Gasconnes et moitié Limousines. Je fais de la sélection avec les Gasconnes et vend en boucherie les croisées, les bœufs et les Limousines. J’ai plusieurs débouchés commerciaux : une coopérative bio, le Label rouge Gascon et des négociants locaux."
> Comment avez-vous décidé de vous convertir ?
"J’ai commencé ma conversion en 2020 en stoppant net l’usage d’engrais et de produits de protection du végétal. Je m’étais préparé en amont, j’avais commencé à modifier l’assolement pour réduire l’usage d’engrais et herbicides : j’avais introduit des légumineuses dans les céréales et semé de la luzerne. Sur ces surfaces, je ne passais plus qu’un produit phyto par an. J’aurais pu m’arrêter en agriculture raisonnée comme certains de mes voisins, mais je n’aime pas faire comme les autres ! Vu que j’étais proche de zéro, je me suis dit “il faut y aller, autant passer en bio”. Mes produits sont labellisés depuis 2022."
> Ça a été une décision facile à prendre ?
"Non, ça s'est plutôt fait progressivement. Je n’osais pas passer en bio avant. Je n’étais pas sûr que ça vaille le coup. Mais quand ma fille est née, je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette. Les produits que j’utilisais me rendaient malade et mes voisins c’était pareil. Donc j’ai eu envie de travailler autrement pour ne plus dépendre des autres : des laboratoires, des fournisseurs de désherbants et d’engrais. Mon précédent défi avait été d’atteindre l’autonomie alimentaire, à l’exception de la litière et des compléments en minéraux. Quand j’ai vu que j’allais y arriver, j’ai décidé de passer au défi suivant : ma conversion en agriculture biologique. Depuis, j’ai fortement réduit mes charges : camion d’alimentation, gasoil, semences, intrants… Maintenant, j’ai beaucoup moins de factures."
> Quelle différence vous constatez sur vos terres et votre troupeau ?
"Le label impose de nouvelles règles comme une surface plus importante en bâtiment, une demande de dérogation pour l’écornage et pour l'engraissement, les animaux doivent pâturer un maximum. Pour ça, je replante chaque année des haies, sous lesquelles le troupeau vient s’abriter. Ça permet de les garder longtemps dehors. La flore a aussi changé, les adventices sortent davantage. Je me suis équipé d’une épareuse pour gérer ça. C’est la grosse différence dans mon travail : je suis beaucoup plus souvent dans les champs à arracher le rumex ! En conventionnel on veut aller contre la nature. En bio, on s’adapte, on contourne le problème. J’ai aussi adapté mon troupeau. Avant je cherchais des animaux toujours plus gros. Maintenant, j’ai changé mon fusil d’épaule. Comme j’ai un terrain avec beaucoup de pentes sèches, j’adapte mes bêtes. Aujourd’hui je cherche plutôt à avoir des vaches plus petites, quitte à en avoir quelques unes en plus. En bio, il faut adapter nos animaux à notre terroir pour arrêter d’être dépendant de l’extérieur."
> Les Gasconnes sont-elles adaptées à une exploitation en bio ?
"C’est une race rustique, et cette année particulièrement sèche me confirme que j’ai fait le bon choix. La clé, c’est d’avoir des animaux toujours plus rustiques, qui coûtent peu cher en aliment. Les miens ont encore un mois de pâturage devant eux ! C’est un avantage sur d’autres races comme la Blonde d’Aquitaine qui en alimentation a besoin d'ensilage de maïs et de luzerne, ce qui ne marche pas très bien en bio."
> Financièrement, est-ce avantageux d’être labellisé ?
"Ça l’a été au début mais aujourd’hui la viande bio ne se vend pas beaucoup plus cher qu’en conventionnel. Je vends tous mes bœufs à une coopérative en bio. Mais les vaches, je les propose à un négociant, et parfois, faute d’un prix intéressant, je vends certaines en conventionnel. J’ai quelques avantages financiers comme l’aide à la conversion, que j’ai touchée pendant cinq ans. Je bénéficie aussi d’aides PAC légèrement plus élevées -une trentaine d’euros et d’un crédit d’impôt. Si certains se convertissent pour les aides, aujourd’hui ce n’est plus le cas, il faut être convaincu."
> Vous pensez revenir en arrière ?
"Non, je suis satisfait de mon choix. Ma santé aussi s’est améliorée, ça aussi, ça me motive à rester en bio. Maintenant, mon objectif c’est de continuer à gagner en autonomie, de me perfectionner dans la gestion des pâturages pour rester compétitif et de devenir autonome en paille."