Canicule
Des pertes de production et de récolte déjà observés
Après une première vague de chaleur éprouvante, élevages et cultures portent les premiers stigmates d'un été qui s'annonce particulièrement difficile.
Après une première vague de chaleur éprouvante, élevages et cultures portent les premiers stigmates d'un été qui s'annonce particulièrement difficile.
La chaleur s’est installée tôt, durablement et intensément. Dans le Tarn, la canicule de la semaine passée a fait grimper le mercure au-delà des 39°C pendant plusieurs jours consécutifs. En première ligne face à ces conditions extrêmes, les agriculteurs tarnais ont dû composer avec un épisode éprouvant, les obligeant à redoubler de vigilance pour limiter les effets sur les animaux et les cultures. Sur l’exploitation de Jean-Pierre Lannes au Fraysse, les 70 Montbéliardes ont accusé le coup : “Les vaches tiraient la langue, elles respiraient fort. Sous le hangar c’était invivable alors on les a sorties. Les veaux, eux, sont dans un bâtiment à l’ombre, bien ventilé avec de l’eau à volonté.” Dans les pâturages, les génisses restent à l’ombre ou au bord du ruisseau “mais celui-ci va bientôt se tarir”, s’inquiète l’exploitant. Du fait de la chaleur, les vaches ont très peu mangé. Résultat : sa production laitière est en baisse de 30%. “L’an dernier, quand le lait était à 500€/1 000 litres j’avais pour projet d’installer des ventilateurs et des brumisateurs mais là, à 400€/1 000 litres, je n’ai plus les moyens”, soupire Jean-Pierre Lannes. Pour s’adapter à la canicule, il a dû dormir le jour et travailler la nuit pour faire la paille et le foin. Mais malgré tous ses efforts, la seconde coupe est en train de sécher sur pied. “On va attaquer les stocks d’hiver, je ne vois pas comment arriver au mois d’avril sans acheter de fourrage. Si j’achète du maïs d’ensilage, ça risque d’être une opération à 15 000€, sans compter le coût du transport et du conditionnement… On sent venir l’année blanche.” "Même constat à Saint Salvy de Carcaves, où les pâturages ovins se sont transformés en paillassons. La production laitière ovine y est également en baisse de 20 à 30%.” Bérenger Gayraud, éleveur de brebis sur la commune de Moulin-Mage, voit lui aussi son activité et son troupeau impactés par les fortes chaleurs : "C’est une catastrophe car nous sommes obligés de sortir nos animaux très tôt le matin après la traite, et les faire rentrer régulièrement pour qu’ils boivent. De plus, on est obligés de toucher à nos stocks d’enrubanné de l’année deux fois par jour car il n’y a pas grand chose à manger dehors. Depuis 4 jours, on remarque une petite baisse de production. Quand il fait chaud, les brebis bougent peu et mangent moins. Heureusement, nous sommes équipés d’un système de ventilation et avons rénové nos toitures récemment.”
Adapter les bâtiments
Alors que les mortalités de volailles ont explosé dans l’Ouest de la France, dans le Tarn, l’impact semble être contenu. À Cadalen, chez Guillaume Birot, président de la section aviculture de la FDSEA du Tarn, il n’y a pas eu de pertes. “On a tout ouvert pour faire circuler l’air, les volailles vont dehors quand elles veulent, elles ont de l’ombre à l’extérieur.” Le Gaec s’est équipé au fil des ans pour faire face aux fortes chaleurs : “On utilise des brumisateurs dans certains bâtiments, ainsi que des ventilateurs et un arrosage du toit qui apporte plus de confort aux volailles. On coupe aussi l’alimentation en journée, pour éviter la digestion en pleine chaleur. Les animaux s’en tirent plutôt bien, non sans efforts. C’est pour nous que c’est plus compliqué parce qu’on passe notre temps à galoper pour allumer et éteindre la brumisation, surveiller la ventilation, dérouler les câbles électriques…”, détaille Guillaume Birot. Selon les premiers échos reçus par l’éleveur, les autres exploitants avicoles ont eux aussi tenu bon. Mais il n’y a pas de secret. Pour s’adapter aux canicules, l’élu syndical recommande un certain nombre de mesures qui, cumulées, font la différence : ventilation, brumisation, système d’arrosage des toitures et lanterneaux à poser sur les faîtages. “Le tout crée une ventilation dynamique, le flux d’air est maîtrisé, c’est plus efficace qu’une ventilation statique”, estime-t-il. L’éleveur recommande aussi d’avoir un parcours extérieur le plus arboré possible pour faire baisser la densité des volailles dans les bâtiments, “car c’est là que ça devient critique”. Enfin, “idéalement”, avoir un bâtiment aux couleurs claires permettrait d’attirer moins les rayons du soleil et donc de chauffer moins sous les toits.
Des stades avancés pour les cultures
Pour les céréales aussi, les conditions caniculaires ont eu un impact non négligeable, notamment pour le développement des plantes. Dans son bulletin hebdomadaire du 26 juin, FranceAgriMer rapporte une dégradation des conditions de cultures en France, spécifiquement pour le maïs. Le taux de plantes se développant dans des conditions bonnes à très bonnes passe de 84% à 76% d’une semaine sur l’autre, contre 81% l’an dernier à la même époque. FranceAgriMer précise également que les cultures ont de l’avance dans leur développement, le stade floraison femelle est atteint dans 4% des cas, contre 1% l’an dernier à la même époque. Dans le département, les producteurs sont unanimes, les cultures ont fortement souffert de la chaleur. “Dans les parcelles non irriguées et là où la terre est moins bonne, on observe des maïs complètement desséchés, rapporte Christopher Régis, céréalier à Péchaudier dans le sud du département, c’est similaire pour le tournesol, qui est normalement une plante plus résistante à ces conditions.” Plus au nord, à Mirandol-Bourgnounac, Maxime Raynal partage le même constat : “la chaleur excessive a fait beaucoup de mal, particulièrement pour le maïs et le tournesol, qui présentent des stades avancés de floraison.” Si tous craignent déjà des rendements faibles pour la campagne, les conditions climatiques des prochains jours seront déterminantes : “Il n’a fait que 2mm chez moi en début de semaine, ce n’est pas suffisant, il en faudrait au moins 30 pour que ce soit bénéfique. Mais ce n’est pas annoncé, au contraire, on nous reparle de 15 jours supplémentaires de chaud qui pourraient aggraver la situation”, s’inquiète Maxime Raynal. Pour faire face, certains producteurs s’appuient sur l’irrigation, à condition d’avoir la ressource suffisante : “dans notre secteur, nous avons la chance d’avoir de l’eau, indique Christopher Régis, mais si on continue comme ça, elle va devenir très rare. On espère pouvoir tenir jusqu’à la fin juillet mais on n’est pas à l’abri de restrictions d’utilisation.” De nombreux départs de feux ont également été signalés durant les moissons (Garrigues) et la fauche (Murat/Vèbre).