Dossier Sor et Agout
Du chanvre local valorisé en matériau d'isolation
La société Innochanvre, dont le siège social est implanté à Puylaurens, développe une filière de production et valorisation du chanvre, en associant les agriculteurs.
La société Innochanvre, dont le siège social est implanté à Puylaurens, développe une filière de production et valorisation du chanvre, en associant les agriculteurs.
Avec de tels projets, le chanvre pourrait bien trouver une place grandissante dans les assolements du Sud-Ouest. C’est en tout cas le pari porté par la société Innochanvre, créée en 2025 à Puylaurens par deux associés, avec l’ambition de rapprocher production agricole et transformation locale. Partie de 10 agriculteurs et 23 hectares, la structure fédère aujourd’hui 27 producteurs pour une surface de 120 hectares dans le département. À l’origine du projet, Timothée Wadoux, issu d’une famille d’entrepreneurs et déjà sensibilisé au monde agricole par plusieurs membres de sa famille, souhaitait créer sa propre entreprise. L’idée est née d’un constat : “le marché du chanvre pour la construction et la rénovation existait déjà, mais la matière première provenait de régions plus éloignées. On souhaitait donc développer une production locale, en s’appuyant sur une variété sélectionnée pour son adaptation aux conditions climatiques du Sud”, présente Timothée.
Une unité de transformation pour valoriser la matière première
La particularité du projet réside dans son organisation collective. Les producteurs sont regroupés au sein de l’association “Les Chanvriers Tarnais”, et chacun détient une part sociale dans l’entreprise. Pour les exploitants, l’enjeu est de diversifier leurs cultures tout en ouvrant de nouveaux débouchés. Pour l’entreprise, il s’agit de sécuriser un approvisionnement local auprès des professionnels de la construction et de développer un outil de transformation au plus près des parcelles. Les premières surfaces ont rapidement progressé, passant de 23 à 120 hectares en un an. À terme, l’entreprise vise 400 hectares et un volume de 1 500 tonnes. Un objectif qui correspond à la capacité maximale de la future ligne de production.
Le choix du chanvre repose notamment sur ses caractéristiques agronomiques. La culture nécessite peu d’eau et peut s’intégrer dans des systèmes visant à réduire le recours aux intrants. Le semis intervient en avril, pour une récolte à la fin de l’été. Après la moisson, la culture est laissée au sol avant d’être ensilée. Les premières observations confortent les porteurs du projet dans leur choix. “Cet été, la qualité du chanvre récolté était meilleure dans les parcelles non irriguées”, rapporte Timothée. Une observation issue de cette première campagne, qui reste à confirmer dans la durée et selon les conditions de production. Le rendement moyen atteint pour cette première récolte s’élève à deux tonnes à l’hectare. “Franchement, c’est satisfaisant, c’est un bon lancement”, estime le co-fondateur. Le développement d’Innochanvre bénéficie notamment de l’accompagnement de la communauté de communes Sor et Agout. Pour franchir une nouvelle étape, l’entreprise a racheté un entrepôt à Saint-Paul-Cap-de-Joux destiné à accueillir sa ligne de production. Une machine de défibrage doit permettre de séparer les différentes fractions du chanvre. Sa mise en service est prévue en février prochain. Le défibrage permettra d’obtenir deux produits : la chènevotte, partie ligneuse de la tige, et la fibre. Ces matières trouvent des débouchés dans le bâtiment, avec la projection de mélanges chaux-chanvre ou le soufflage des combles perdus. Elles peuvent également être utilisées comme paillage, notamment dans les élevages. La commercialisation reposera sur un système de négoce, avec une priorité donnée aux débouchés locaux. L’objectif est de limiter les distances entre production, transformation et utilisation. À plus long terme, Innochanvre réfléchit déjà à d’autres cultures susceptibles d’alimenter la même logique industrielle. Le miscanthus figure parmi les pistes étudiées, notamment pour ses possibilités de valorisation en matériaux et en produits destinés aux usages agricoles. Pour l’heure, la priorité reste la montée en puissance du chanvre tarnais.
Le chanvre, "une aubaine pour mon exploitation"
Matthias Bader est agriculteur à Puylaurens et trésorier de l’association “Les Chanviers Tarnais”. Il partage son retour d’expérience après une première campagne de production : “Je me suis installé cette année à Puylaurens, en production non irriguée de blé tendre, blé dur, soja et tournesol, sur une SAU totale de 143 hectares. Je cherchais une nouvelle culture pour diversifier ma production. En me rendant chez un concessionnaire, j’ai découvert un flyer de l’entreprise Innochanvre qui recherchait des producteurs. Je n’ai pas hésité longtemps, le chanvre est une aubaine pour l’exploitation. C’est une culture qui n’a pas besoin d’être irriguée, qui n’a pas besoin d’intrants et qui s’adapte bien à un climat sec et chaud. La semence reste relativement chère (environ 240 € à l’hectare) mais si on compare l’ensemble des coûts de production, on est équivalent à une production de tournesol par exemple. J’ai planté quasiment 2 hectares pour débuter et pour la première récolte, j’ai fait un rendement de 4 tonnes à l’hectare. Les conditions étaient particulières cette année, avec un peu de pluie on aurait fait mieux, mais le bilan est plutôt satisfaisant pour un début. Je compte passer à 8 hectares de chanvre l’année prochaine. Le fait d’être réuni en association est un plus. On est une bonne équipe, on se connaît tous et on s’entraide. Je suis allé faire les semis chez certains et en retour, ils sont venus m’aider pour la récolte. On a démarré à 10 agriculteurs, on est aujourd’hui à 27. L’ambition est d’essayer de développer une filière de production locale.”