Eau
Face à la sécheresse, "du stockage, plus que jamais !"
Alors que les restrictions d’usage pèsent lourd sur les exploitations, les agriculteurs réclament des actes pour développer le stockage de l’eau. Des revendications portées au préfet lors de deux rendez-vous successifs.
Alors que les restrictions d’usage pèsent lourd sur les exploitations, les agriculteurs réclament des actes pour développer le stockage de l’eau. Des revendications portées au préfet lors de deux rendez-vous successifs.
L'année 2026 s'impose déjà comme l'une des plus éprouvantes pour le monde agricole. Des températures exceptionnellement élevées, des précipitations largement déficitaires et des sols desséchés depuis plusieurs semaines placent de nombreuses exploitations tarnaises dans une situation critique. Face à cette sécheresse d'une intensité remarquable, la préfecture du Tarn multiplie les arrêtés de restriction des prélèvements d'eau afin de préserver une ressource devenue particulièrement fragile. Si ces décisions répondent à un enjeu majeur de gestion de l'eau, elles cristallisent aussi les inquiétudes et les critiques des agriculteurs. Le préfet du Tarn, Simon Bertoux, a pu constater cette colère directement sur le terrain le lundi 27 juillet chez Axel Roblin, céréalier et semencier à Parisot, à l’invitation de la Chambre d’agriculture du Tarn et son président Sébastien Bruyère. Dans les parcelles de maïs semences, asséchés par les canicules successives et le manque d’eau, les paroles ont été franches et ont exprimé une profonde inquiétude pour la suite de la campagne et l’avenir. “L’eau est une vraie problématique pour notre ferme. C’est un moyen de sécuriser notre production et quand elle manque, c’est très compliqué. Heureusement que nous avons deux lacs, sans ça je n’aurais pas pu m’installer”, a souligné Axel Roblin. Damien Delsuc, président du syndicat des producteurs de semences de maïs du Tarn et de l’Aveyron, a lui pesté contre une lenteur décisionnelle qui n'est plus acceptable aujourd’hui, “plus aucune retenue n’a été construite depuis 40 ans, la seule réponse aujourd’hui, ce sont les restrictions. Cela fait longtemps que l’on participe aux réunions du CSO et que l’on alerte sur le besoin de créer des retenues structurantes. Je ne parle pas de petites retenues mais bien de gros projets qui permettraient de répondre à un vrai besoin. Si on avait stocké toute l’eau qui est passée cet hiver, on serait aujourd’hui dans une situation plus facile à gérer”. De son côté, le préfet du Tarn a rappelé les contraintes actuelles liées à la gestion de la ressource et à la répartition des usages entre irrigation agricole et eau potable, “on fait tout ce qu’on peut pour ne pas se retrouver fin août avec une crise de l’eau potable, on se doit de fournir un service irréprochable”, et s’est dit pleinement conscient “des conséquences qu’impliquent ces restrictions d’usage sur les exploitations tarnaises”.
Pour un plan sécheresse à la hauteur
Le lendemain, à l’occasion de la réunion du CSO (comité de suivi opérationnel, où se prennent les décisions de restriction), les syndicats agricoles étaient à nouveau au rendez-vous devant la préfecture à Albi pour faire entendre leur voix. Côté rue Timbal, devant la grande porte, près d’une cinquantaine d’agriculteurs de la FDSEA se sont réunis, pour alerter sur une période de sécheresse particulièrement intense pour les exploitants. “On demande une vraie politique de stockage de l’eau, à travers des retenues individuelles et structurantes. C’est absolument essentiel pour accompagner notre agriculture mais aussi répondre aux besoins de l’eau potable, des pompiers ou des entreprises. À titre de comparaison, l’Espagne stocke 56 milliards de m3 d’eau contre 12 milliards chez nous en France, c’est insensé”, martèle Cédric Vaute, président de la FDSEA du Tarn. Devant la préfecture, les élus réclament aussi un plan d’urgence sécheresse pour toutes les filières, face aux conséquences subies en 2026, “on a besoin d’une bouffée d’oxygène, cela peut être des aides directement aux exploitations, des exonérations de cotisations MSA ou des consolidations bancaires”. En fin de matinée, après la réunion du CSO, Simon Bertoux est venu à la rencontre des agriculteurs et a tenté de rassurer : “au vu des débits actuels, il n’y avait pas de raison de prendre des restrictions plus importantes cette semaine, nous verrons comment cela évolue d’ici la semaine prochaine. Nous avons également échangé avec la ministre de l’Agriculture, qui s’est montrée inquiète de la situation, et a affirmé qu’elle travaille avec ses équipes sur un plan d’urgence pour les trésoreries, afin d’envisager plus sereinement l’année prochaine.” Au-delà des mesures d’urgence, les agriculteurs tarnais attendent plus que jamais des vraies réponses de fond.