Fruits
Fraises : premières (grosses ?) récoltes dans le Tarn
Conséquence d’une météo clémente, la récolte de fraises s’emballe dans certains secteurs de l’Hexagone. Prix, volumes, demande...dans quelle mesure les producteurs tarnais sont-ils impactés ?
Conséquence d’une météo clémente, la récolte de fraises s’emballe dans certains secteurs de l’Hexagone. Prix, volumes, demande...dans quelle mesure les producteurs tarnais sont-ils impactés ?
“Surproduction.” “Récolte précoce.” “Volumes historiques.” Déjà bien présente dans les étals sur les marchés ou en grande surface, la fraise fait parler d’elle en ce début de printemps. La tension entre l’offre et la demande contraint même certains agriculteurs à brader une partie de leur production dans certaines régions de l'Hexagone. Si la France se classe au 6ème rang des producteurs européens, la concurrence notamment espagnole se fait rude, puisque environ 50% de notre consommation de fraises est aujourd’hui importée. Dans le département, nos producteurs ont l’air de bien tirer leur épingle du jeu. Leur point commun ? Le respect du fruit, de son taux de sucre et de sa maturité pour en préserver la qualité. Une rigueur qui leur permet de fidéliser une clientèle assidue d'années en années. La récolte à débuté il y a plusieurs semaines dans plusieurs exploitations, qui ont pour certaines d’entre-elles décidé d’étaler leur production jusqu’en octobre.
Éric Lallée (Coteau des Clauses), producteur à Labastide Dénat.
“Pour les fraises hors-sol, la douceur en fin d’hiver et le printemps en dessus des moyennes de saison ont favorisé la floraison et les volumes. Cette année, la Garriguette et la Cléry par exemple se regroupent alors qu’elles arrivent à maturité à 15 jours d’intervalle habituellement. Nous sommes passés du froid au chaud assez vite, et ce changement a été radical dans les serres. Pour la fraise pleine terre, dans mon cas, on est dans des standards classiques. Nous avons ramassé les premiers fruits il y a deux semaines. Les prix devraient globalement se maintenir, contrairement à certaines régions (Bretagne par exemple) où les grosses quantités ont fait chuter les cours. Moi j’ai commencé la fraise en 2008. Ce que je peux dire, c’est que sur le circuit-court, avec une modeste production comme la mienne, c’est rentable. On ne fait pas de gros volumes mais on les valorise très bien et on arrive à dégager une marge intéressante. Aujourd’hui je suis associé à mon fils dans un projet qui est toujours resté familial. L’objectif à terme est de développer l’entreprise en embauchant 2 personnes. Car que ce soit en fraises, en artichaut ou en asperge, il y a de la demande. Et la clientèle est assidue depuis des années. On sait où on va !”
Théo Guiraud (EARL Productions Gourmandes), producteur à Castres.
“Personnellement, je produis entre 15 et 20 tonnes chaque année et je ne suis pas impacté par le contexte actuel. Je ne pense pas qu’il y ait de concurrence dans le Tarn comme il pourrait y en avoir dans d'autres régions. Je sors très peu du bassin castrais, zone dans laquelle j’ai des clients fidèles. La demande est toujours présente malgré la mise en concurrence avec les fraises étrangères. Au niveau de la météo, nous n’avons pas manqué de lumière cette année, notamment en hiver. En revanche, nous avons eu un coup de chaud rapide au début de la production suivi d’un coup de froid. Cette année, j’ai vendu mes premières fraises (Gariguettes) aux alentours du 20 mars. Sur mon exploitation, je plante différentes variétés de décembre à mars pour une récolte allant jusqu’au mois d’octobre (Charlotte, Mara des bois). Cela me permet d’étaler mes volumes et de ne pas me retrouver en surproduction. Le pic intervient néanmoins au mois d’avril jusqu’en mai. La fraise, c’est du boulot (rires). On ne travaille pas que 3 mois dans l’année ! Depuis le début de l’activité en 2021, j’en suis très content car j’ai des clients satisfaits. Au niveau du prix, il est pour moi identique aux années précédentes. Les clients jouent le jeu, tant les particuliers sur les marchés que les pâtissiers ou restaurateurs qui transforment. Pour les variétés de saison et remontantes, je suis à 12€ le kilo. Pour la gariguette ou la ciflorette, je les vends 3,90€ la barquette de 250g, ou 7€ les deux.”
Magali Combet (EARL Combet), productrice à Cabanès.
“En ce qui nous concerne, c’est une année qui s’annonce assez classique. Grâce au soleil, on attend peut-être un petit peu plus de quantité, mais en aucun cas nous ne pouvons parler de surproduction. Avec une semaine et demie de retard par rapport à l’année passée, nous avons commencé la récolte début mars et nous aurons, grâce aux remontantes, de la production jusqu’au mois d’octobre. En pleine saison, on embauche 25 ramasseurs sur l’exploitation. Côté ventes, on sert essentiellement les marchés de plein vent (Castres, Saint-Sulpice, Saint-Juéry) avec un prix qui tourne autour de 5€ pour une barquette de 500g. Nous entamons notre 15ème saison cette année. Quel bilan en tirons-nous ? On apprend chaque année ! Et ce à tous les niveaux, du choix de la variété à la manière de mener la culture. D’une saison à l’autre, on apprend et on réajuste, afin de doser au mieux tous les aspects pour ramasser un fruit avec la meilleure maturité possible.”