Canicule
Le maïs semence au bord de la rupture
Rendements en baisse, récoltes compromises et interrogations sur l’avenir… producteurs et techniciens dressent pour le moment un constat difficile de la campagne 2026.
Rendements en baisse, récoltes compromises et interrogations sur l’avenir… producteurs et techniciens dressent pour le moment un constat difficile de la campagne 2026.
Chez Landry Bardet, agriculteur à Labessière Candeil qui cultive 14 ha de maïs semences pour la RAGT, “ça ne s’annonce vraiment pas bien, j’ai de gros problèmes de fécondation”. Et le responsable n’est pas tant le manque d’eau (car l’exploitant dispose d’une retenue collinaire privée) que la chaleur. “Au moment de la castration, le maïs était bien vert. Mais début juillet on a vu que ça décrochait, que les épis se remplissaient pas”, raconte l’exploitant. Sur les deux variétés qu’il a semées, la Odilixx a mieux tenu le coup, même si elle n’atteindra pas les prévisions de 37 quintaux à l’hectare. “Sur les coques j’ai en moyenne 150 grains”, évalue Landry Bardet. En revanche la variété Cigaluxx, prévue pour produire 53 quintaux/ha est dans un état “catastrophique” avec seulement 4 ou 5 grains par épi. Ici un abandon de culture est envisagé. Heureusement le producteur a souscrit à une assurance aléa climatique qui pourra le dédommager “avec tout de même 25% de franchise”, précise-t-il. Et la caisse de risque, censée pallier aux mauvaises productions, ne sera pas suffisante selon Landry Bardet : “cette année beaucoup de variétés sont sinistrées, on ne va pas avoir assez d’argent pour indemniser tout le monde…” Quand ses parents avaient démarré le maïs semences dans les années 80, “on le faisait en sec et le revenu était intéressant. Maintenant, même en étant irrigué on n’arrive pas à faire de rendement”, témoigne l’agriculteur dont les surfaces n’ont fait que diminuer d’année en année “C’est contraignant en main d'œuvre, ça demande un protocole de semis bien précis et au final le rendement n’est pas là, soupire-t-il. S’il n’y pas de revalorisation, on se pose des questions. On espère que la RAGT fera un geste”.
"On pense à arrêter et à regarder d'autres cultures"
Du côté de Vénès, Nicolas Boutié n’avait encore jamais connu une telle situation. Producteur de maïs semences sur l’exploitation familiale, il dresse un constat sans appel : “les maïs n’ont pas fécondé, la floraison s’est faite mais le pollen n’est pas viable et les grains ont avorté à cause des températures qui ne sont pas descendues la nuit”. Malgré deux lacs collinaires permettant d’irriguer les parcelles la nuit afin de limiter l’évaporation, les fortes chaleurs ont eu raison de la culture. Sur les 10 hectares de maïs semences cultivés cette année entre Vénès et Lautrec, une partie ne sera finalement pas récoltée et sera orientée vers l'ensilage pour alimenter les élevages. Dans ce contexte difficile, l’exploitant souhaite saluer la solidarité du monde agricole, “qui permet de trouver des débouchés pour les cultures sinistrées”. Si le maïs semences reste une culture à forte valeur ajoutée, la campagne 2026 pousse l’agriculteur à s’interroger sur l’avenir : “on pense à arrêter et à regarder d’autres cultures. On a la chance de faire aussi de l’ail, qui est une production qui fonctionne bien. On produit aussi du tournesol et du colza, que l’on valorise en huile.” Pour Nicolas, cette diversification est devenue indispensable face aux conséquences du changement climatique, “nous sommes en première ligne et nous devons préparer l’avenir pour nos enfants."
Des stades précoces sous l’effet de la chaleur
Au 24 juillet 2026, sur les territoires Tarn/Aveyron inspectés par le syndicat des producteurs de semences de maïs (SPSMTA), 25% des parcelles sont au stade “avant floraison”, 48% au stade “début de floraison”, 17% au stade “fin de floraison” et 9% au stade “remplissage du grain”, pour un total de 1 602 hectares dans le Tarn et l’Aveyron. “L’avancée des stades dépend des dates de semis, précoces ou tardifs, mais globalement sur cette campagne, nous avons entre 10 à 15 jours d’avance par rapport à des stades normaux. La chaleur fait que cela pousse plus vite”, indique Emmanuel Boucher pour le SPSMTA. En situation de stress thermique (températures maximales au delà de 35°C) comme cette année, la culture peut présenter plusieurs symptômes : brûlures sur feuilles (au niveau de la plante), blocage de l’ouverture des fleurs ou baisse de viabilité du pollen (au niveau de la panicule) et blocage des épis ou avortement post fécondation (au niveau de l’épi). “Ces conséquences observées dans les parcelles font qu’il y a une vive inquiétude pour le potentiel de rendement. Certains ne pourront rien valoriser, du fait d’une mauvaise fécondation au départ à cause des fortes températures, qui ont empêché le bon déroulement des stades”, analyse l’expert.