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Prédation
Les brebis en prison, les loups en liberté

L’Etat a dit que le loup était compatible avec l’élevage. “A vous de gérer M. le Préfet” préviennent les éleveurs tarnais, lors de sa visite vendredi 6 mai en vallée du Thoré. 

Sa visite était plus qu’attendue ! Depuis plusieurs mois, les éleveurs des hauts cantons tarnais coincés entre Somail, Monts de Lacaune et Montagne Noire, sont victimes d’attaques de plus en plus récurrentes de loup ! Au moins trois prédateurs sont recensés de manière permanente par l’Office français de la biodiversité (OFB) sur ce territoire. Mais, avec une vingtaine d’agressions sur ses troupeaux depuis janvier, cette contrée est devenue la plus prédatée d’Occitanie. Bien plus que la crainte de perdre leurs bêtes sous les crocs du loup, les éleveurs vivent un véritable traumatisme. «Quand tu découvres le cadavre de treize de tes brebis, égorgées par un loup, c’est horrible», confie Cédric Carme, cet éleveur de Suffolks aux Estrabauts dans le Saint-Amantais. «Je vis dans l’angoisse permanente», explique Julie Barthès, une jeune agricultrice installée à Sauveterre. Depuis trois mois et autant d’attaques, elle a perdu plusieurs jeunes veaux, agressés par derrière par le prédateur. «Aperçu par plusieurs habitants dans les champs et sur les chemins de crêtes environnants, le loup n’a même plus peur d’errer en pleine journée», poursuit-elle. Alors, lorsque le préfet du Tarn arrive sur son exploitation de la Cournadou, ce n’est pas moins d’une cinquantaine d’éleveurs échaudés par la multiplication de ces attaques qui l’accueillent pour exiger notamment le droit à la légitime défense contre le loup menaçant leur troupeau. Une autorisation de tir de défense que l’éleveuse vient d’ailleurs d’obtenir aux termes d’une longue procédure administrative.

Des mesures jugées complexes, inadaptées, absurdes

«Sans pour autant vouloir être à l’affût du loup», la délivrance de cette autorisation individualisée, véritable parcours du combattant, constitue souvent un certain soulagement pour ses éleveurs. Mais encore faut-il pouvoir l’utiliser à bon escient avec des chasseurs ou des louvetiers lorsque l’agriculteur n’est pas formé ! «Douze autorisations de tirs de défense ont été accordées à des éleveurs. Nous pouvons mieux les utiliser lorsque les conditions seront remplies», rassure le préfet du Tarn. Mais, au-delà, sans passer par le dernier recours des autorisations de tirs, la mise en place de clôtures ou l’acquisition de chien Montagne des Pyrénées, Patou sont vues comme inadaptées. «Nos pâturages ne sont ni alpins ni de haute montagne mais constitués de parcelles morcelées entre vals et plateaux de moyenne montagne. Vouloir toutes les clôturer, est impensable», souligne désabusé Cédric Carme. Et, si, de sa propre initiative, l’éleveur a équipé sa bergerie d’une grille d’entrée anti-loup, ce ne sont pas les 1,5 ha qu’il envisage de clôturer qui vont résoudre ses problèmes. «En seulement quelques jours, mes brebis auront tout pâturé», se résigne-t-il. Sans compter le coût financier estimé à 19 000 € sur lequel l’éleveur ne pourra avoir qu’une aide plafonnée à 5 800 €. Pour Julie Barthès, un chien Patou au milieu de ses limousines serait saugrenu ! Conséquences, les éleveurs se résolvent à ne plus vouloir faire pâturer leurs bêtes, même en journée ! Et, demander de les rentrer tous les soirs alors que c’est un moment propice, surtout l’été, au pâturage est en contradiction avec les exigences de leurs labels d’élevage en plein air (valeur Parc naturel régional…) ou leurs cahiers des charges bio. «Je n’ai pas de solutions si ce n’est de vous dire que nous devons travailler ensemble à la mise en œuvre du dispositif de protection des troupeaux», leur répondait François-Xavier Lauch. Un préfet du Tarn qui après avoir dressé un premier état des lieux avec des éleveurs désemparés, devait avec ses services de l’Etat, DDT et OFB, faire face à différents protagonistes déterminés. Autour notamment de Jean-Claude Huc, le président de la Chambre d’agriculture, de Jérôme Redoulès, le président de la Fédération départementale ovine du Tarn, Patrick Gayrard, le président de la Maison de l’élevage ou de Philippe Jougla, le président de la FDSEA, ils portaient haut et fort les revendications d’une profession en détresse.

Entre améliorations administratives et arbitrages

«J’ai conscience de votre désarroi et de l’abattement en résultant pour vos familles. Mais je ne peux pas vous protéger sans devoir appliquer la loi et respecter le plan national quinquennal d’actions sur le loup et sur les activités d’élevage pour 2018-2023», leur explique François-Xavier Lauch. «A ce jour, comme préfet, deux mesures sont à ma portée, celle des indemnisations et celle d’aides à la protection», souligne-t-il, conscient des nécessaires améliorations à apporter. «Attendre un an avant d’être indemnisé suite à une attaque avérée, c’est bien trop long», reconnaît-il. «Ces dossiers, d’autant plus complexes que le loup est une espèce protégée, sont devenus plus nombreux pour nos services de l’Etat qui doivent s’adapter avec leurs faibles moyens», se justifie-t-il. Afin d’anticiper la présence du loup, lors d’attaques, une meilleure communication interdépartementale avec l’Aude et l’Hérault voisins est nécessaire. La prédation du loup est une «mission prioritaire», leur assure-t-il. Face à leur désarroi, le préfet rappelle le caractère essentiel que revêtent ses rencontres sur le terrain pour faire remonter leurs préoccupations locales auprès de Pascal Mailhos et Jean-Paul Celet, respectivement préfets coordonnateur et référent du plan loup. D’autant plus à l’heure des prochains arbitrages de ce dernier plan national d’actions sur le loup et sur les activités d’élevage pour les cinq ans à venir ! Les responsables, quant à eux, espèrent qu’ils seront à la hauteur des enjeux…

Ils ont dit...

Jérôme Redoulès, président de la FDO : «Quand un éleveur est dans le désarroi, c’est toute sa famille qui est affectée. Les éleveurs doivent être entendus et aidés lors des prédations.»
Philippe Jougla, président de la FDSEA : «Le loup est une espèce sauvage, sa place n’est ni dans nos pâturages ni au milieu de nos villages. Il a trouvé sur un terrain propice son garde-manger.»
Cédric Carme, éleveur à Saint-Amans-Soult : «Ce n’est pas l’écologie, mais l’agriculture qui finance le loup ! Le loup n’entre pas dans nos modes de gestion proche de la nature de nos pâturages.»
François-Xavier Lauch, préfet du Tarn : «J’exécute la loi, je ne suis pas législateur, vous avez des parlementaires pour cela !»
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