Sylviculture
"Nos forêts ne sont pas équipées"
Le directeur de la coopérative Forestarn revient sur l’impact des incendies et annonce plusieurs mesures à mettre en place pour protéger les massifs du département.
Le directeur de la coopérative Forestarn revient sur l’impact des incendies et annonce plusieurs mesures à mettre en place pour protéger les massifs du département.
Plus de 47 000 hectares de forêts sont partis en fumée cet été dans les Landes et la Gironde et partout en France, les feux se sont multipliés. Le Tarn a été largement épargné même si un incendie de 600 hectares à Payrin-Augmontel a tout de même fait craindre le pire. Ces tristes événements sont la conséquence d’un été qui bat des records de sécheresse et de températures. “Evidemment cela nous inquiète”, témoigne Sylvain André, directeur de la coopérative Forestarn qui regroupe plus de 2 000 adhérents dans le département. “On est sur une tendance de fond : le climat est de plus en plus extrême et les épisodes sont de plus en plus fréquents”. Déjà l’année 2022 avait été “un coup de semonce” pour les professionnels du secteur sylvicole avec plus de 20 000 hectares brûlés dans les Landes autour de Landiras et La Teste-de-Buch. “En 2026 comme en 2022, on a eu de la chance dans le Tarn, mais à un moment donné on ne passera pas entre les gouttes”, redoute le directeur.
Pertes de résineux et baisse du prix du bois de trituration
Les 170 000 hectares de forêts tarnaises ont tout de même bien souffert de la chaleur et du manque d’eau. “On a vu le paysage changer depuis le début de l’été, sur tout le département”, observe Sylvain André. “Avec le coup de chaud des trois derniers mois, il y a plein de parcelles d’épicéas attaquées par le scolyte qui sont en train de mourir, leurs aiguilles tombent. Il va falloir les récolter en avance.” Les feuillus aussi accusent le coup et prennent des teintes automnales : “ils perdent leurs feuilles pour se mettre en veille et repartiront normalement au printemps”, explique le directeur de la coopérative. Reste à voir sur le long terme si c’est le cas… Autre conséquence des incendies dans le Sud-Ouest : les arbres endommagés en surface iront notamment alimenter en masse l’industrie papetière. “Le prix du bois de trituration va fortement baisser”, prédit le directeur. Forestarn va mettre en place de grandes aires de stockage du bois pour faire tampon et lisser la vente sur les mois à venir.
Extension du débroussaillement et création de pistes DFCI
Des actions de court terme doivent être mises en place. La coopérative veut travailler dès la rentrée avec la Chambre d’agriculture sur le débroussaillement. “On souhaite que tous les bords de pistes et de routes des propriétés forestières soient débroussaillés pour créer des pare-feux.” Ce nettoyage viendrait en complément de l’Obligation légale de débroussaillement (OLD) qui concerne 55 communes du département et demande aux propriétaires de débroussailler sur un rayon minimum de 50m² autour des habitations situées à moins de 200 m d’un massif forestier.* L’idée est de travailler avec les agriculteurs “qui ont les moyens et sont sur place” et de mettre à profit leur baisse d’activité hivernale pour faire ce travail.
Autre chantier en cours : la création de pistes DFCI (défense de la forêt contre les incendies) financées par le gouvernement avec en plus des zones de croisements, des zones de retournement et des cuves pour faire gagner du temps aux pompiers. “Il y a cinq ans on ne parlait pas de ça, aujourd’hui, c’est indispensable.” La raison : “Aujourd’hui, nos forêts ne sont pas équipées. Contrairement aux Landes, on a pas autant de pistes et on a des zones montagneuses. Les sapeurs-pompiers ne sont pas en capacité d’intervenir efficacement”, soutient Sylvain André qui ambitionne d’équiper “au maximum” ses clients. Trois chantiers sont en cours à Mazamet, Lacaze et Lacaune. “Pour être au plus près du terrain, le nerf de la guerre ce sont les pistes, pas les Canadair”, explique encore le représentant des forestiers.
Ce dernier incite aussi fortement ses adhérents à s’assurer. Sur le temps long, les techniciens conseillent déjà depuis de nombreuses années d'adapter les essences. Progressivement, la culture de pins douglas et de mélèze est abandonnée au profit d’essences méditerranéennes (pin Laricio de Corse, pin de Calabre, pin maritime) et de cèdres de l’Atlas, plus résistants à la sécheresse et à la chaleur. “Le problème c’est qu’elles poussent moins vite, sont moins bien valorisées en scierie et génèrent donc moins de revenus pour nos clients, relève le Tarnais. Les menuiseries vont devoir apprendre à faire des charpentes avec autre chose que du douglas ou de l’épicéa…” C’est donc une transformation profonde de toute la filière qui doit être pensée et mise en place.
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