Initiative
Objectif SOL : passage en phase de réalisation
Le projet de dispositif territorial pour favoriser la transition vers une agriculture de conservation des sols entre en phase de réalisation en mai prochain. Près de 8 300 ha sont concernés.
Le projet de dispositif territorial pour favoriser la transition vers une agriculture de conservation des sols entre en phase de réalisation en mai prochain. Près de 8 300 ha sont concernés.
“Les agriculteurs sont libres, ceci n’est qu’une proposition.” Dans les tuyaux depuis plusieurs années maintenant, Objectif Sol devrait passer en phase de concrétisation dans quelques semaines. Christophe Hérin, président du syndicat mixte du bassin versant Tarn Aval, a ouvert la réunion d’information et de lancement le mercredi 1er avril dernier, à laquelle agriculteurs et partenaires du projet étaient conviés.
Transition à zéro surcoût pendant trois ans
Stockage d’eau, d’azote, diminution de l’érosion…Salomé Dauchez, chargée de mission du syndicat, a d’abord présenté le projet devant une cinquantaine de personnes très attentives. L’agriculture de conservation des sols repose sur trois piliers essentiels : biodiversité maximale, travail du sol minimal, et couverture des sols maximale. Le projet prévoit de couvrir plus de 8000 hectares et de travailler avec 140 agriculteurs dans les cinq prochaines années. Chaque exploitant volontaire se verra accompagné dans une transition à 0 surcoût pendant 3 ans. En résumé, Objectif Sol se base sur six points en particulier :
• Les formations (journées techniques) ;
• L’accompagnement technique individuel et collectif ;
• L’accès à de l’agro-équipement spécifique (semoir à semis direct, fissurateurs…) ;
• Remboursement des semences couverts végétaux ;
• Fourniture de déchets verts broyés ;
• Accompagnement à la mise en place d’infrastructures agroécologiques.
Après la présentation, les questions et les échanges ont été nombreux. “Cela fait plus de 10 ans que je travaille comme cela, déclare un agriculteur présent dans la salle. On parle d’eau, de sol, mais il ne faut pas oublier l’aspect économique. Pour ma part, ça marche et ma situation financière est correcte. Si on se forme et qu’on travaille comme il faut, c'est une bonne opportunité.” De quoi rassurer les plus sceptiques ? C’est l’avenir qui le dira.
Quels financements ?
Objectif Sol, c’est un dispositif de 9,3 M d’euros environ. Via France 2030, l’État couvre 40% de ce coût soit près de 4 M d’euros. “Le volume d’argent déployé ira au sol, assure Christophe Hérin. Et nous y ferons attention. On veut que cet argent public puisse être utile à l’agriculture d’aujourd’hui et à celle des générations futures.” De son côté, l’agence de l’eau Adour Garonne participe aussi, à hauteur de 2,2 M d’euros. Pauline Rattez, directrice de la délégation Garonne et Rivières d’Occitanie, justifie cette participation : “C’est un projet aussi ambitieux que systémique. Le sol reste la retenue d’eau la plus efficace. Nous sommes en accord avec ces réflexions portées autour du partage du risque et de la performance économique des exploitations agricoles.”
Le projet se veut “non partisan”. Les enjeux (changement climatique, eau, économique..) font que de nombreux acteurs se sont réunis et travaillent aujourd’hui dans la même direction. Avec près de 28 partenaires autour de la table (dont l’Agence de l’eau, l’État, la Chambre d’agriculture, la FD Cuma, le syndicat Tarn Aval…), Objectif Sol espère, à partir du mois prochain, signer cette convention et débuter un travail mûri depuis maintenant de nombreuses années.
Ils ont dit...
Émile Fabriès, président de la FD Cuma 81 : “C’est un projet qui nous donne l’opportunité de revoir nos pratiques. C’est un projet innovant : mettre en place une couverture végétale toute l’année sur les sols, ce n’est pas dans tous les esprits. L’intérêt, c’est que toutes les filières agricoles puissent s’approprier ce nouveau système. Objectif Sol, ce n’est pas arrêter complètement le travail du sol ni exclure totalement l'utilisation d’intrants. La bio c’est une chose, l’agriculture de conservation en est une autre. Mais les deux peuvent se combiner. Et comme cela a été justement dit, l’effet de groupe est important pour mettre en avant ces pratiques.”
Simon Bertoux, préfet du Tarn : "Par le passé, beaucoup se sont risqués à changer leur modèle seuls, à leur risque, et ont pu en tirer des enseignements. Objectif Sol, c’est un projet ambitieux, bien pensé. Il apporte des garanties aux agriculteurs qui s’engagent dans ses transitions relativement lourdes. On veut faire évoluer les modèles économiques agricoles, et nous portons une attention extrêmement forte au revenu, qu’on se doit de maintenir et faire progresser. Ce projet-là répondait très bien à ces enjeux et n’a soulevé aucune hésitation lorsqu’il a été porté dans France 2030. Le Tarn est un territoire scruté de près et fait figure de modèle important pour la concrétisation de ce projet qui s’inscrit dans le temps et aura un impact visible.”