Dossier Vendanges
Précoces, faibles mais qualitatives : les vendages ont démarré
Le démarrage des récoltes est très précoce cette année dans le Tarn du fait d’un été caniculaire et d’une sécheresse importante. Au domaine du Mas d’Aurel, comme ailleurs, la vigneronne constate un rendement à la baisse mais de la qualité.
Le démarrage des récoltes est très précoce cette année dans le Tarn du fait d’un été caniculaire et d’une sécheresse importante. Au domaine du Mas d’Aurel, comme ailleurs, la vigneronne constate un rendement à la baisse mais de la qualité.
Les vendanges ont démarré mardi dernier sous un ciel plutôt clément au domaine du Mas d’Aurel à Donnazac. De quoi nuancer un peu le climat estival particulièrement chaud et sec qui a partout impacté le vignoble du Gaillacois. Sur le plateau cordais, les quelques épisodes pluvieux des dernières semaines ont tout de même donné un coup de pouce : “ça a débloqué certains cépages, maintenant tout est prêt”, estime Clara Molinier, en charge du domaine avec sa mère Brigitte. “S’il ne fait pas trop chaud les jours prochains, ça permettra de faire baisser les acidités”, espère-t-elle. La récolte de ses 28 hectares devrait se faire en une semaine. “C’est une année assez exceptionnelle, on n’était pas prêts à récolter si tôt”, glisse la jeune femme qui doit en même temps gérer l’organisation du dernier apéro-concert du domaine, ce vendredi. Sur le tracteur, son père apporte la première benne de chardonnay. “Il n’y a pas grand chose, constate la vigneronne. Dans l’ensemble, on a peu de jus. Certes il a plu entre 30 et 35 mm sur les quinze derniers jours, mais cela arrive trop tard, la vigne a quand même souffert.” Ailleurs dans le Gaillacois, certains ont eu jusqu’à 140 mm en une fois, d’autres n’ont eu que quelques gouttes. Dans tous les cas, rien de suffisant. Pour que les plantiers passent l’été, il a fallu les arroser à la main.
“Avec les aléas climatiques, cela fait cinq ans qu’on n’a pas eu d’année exceptionnelle. Normalement, les vignerons du plateau sont à environ 30 hectolitres par hectare, mais même en 2025 on y était pas.” Et 2026 ne devrait pas créer la surprise... La canicule et la sécheresse n’ont pas épargné le domaine bio, qui n’est pas irrigué. “L’irrigation, c’est un coût et ça ne règlera pas tout”, estime la vigneronne qui met en place d’autres mesures pour faire face au changement climatique : l’implantation de porte-greffes 140 RU résistant à la sécheresse, le désherbage autour des ceps… “L’effeuilleuse est au placard depuis dix ans…”, ajoute Clara Molinier. Les secteurs moins caillouteux, plus frais et ombragés, sont également privilégiés, tout en faisant attention à ne pas planter dans les endroits propices au gel l’hiver… La sélection de cépages plus résistants joue aussi un rôle important, comme le Mauzac en blanc ou le Braucol en rouge “qui donne de très jolis vins sur des années sèches”, témoigne l’œnologue. Cette dernière plantera l’an prochain un hectare de Verdanel, un cépage autochtone assez peu cultivé et potentiellement plus adapté. Heureusement, le résultat est de qualité : “la vendange est saine, il n’y pas de pourriture", confirme la trentenaire. Le blanc est à 13°C en moyenne et les rouges un peu au dessus. “Maintenant, à nous de faire le travail en cave et de s'adapter à ce qu’on aura récolté.”
Jean-Noël Barrau, directeur général de Vinovalie
“Les vendanges sont toujours une période cruciale pour la coopérative, attendue avec impatience. Elles ont démarré chez nous au 12 août avec les cépages précoces (Gamay, Sauvignon), c’est un record. Pour le moment, on observe une qualité plutôt bonne, mais une quantité en baisse de 15 à 20%, avec de l’hétérogénéité en fonction des zones. La pluie de ces derniers jours a fait du bien sur certains secteurs mais a aussi causé pour nous quelques dégâts à Labastide, avec une cave inondée et hors d’usage pendant plusieurs jours. Le nettoyage et l’état des lieux des dégâts sont en cours, nous espérons pouvoir relancer les outils la semaine prochaine. Globalement, le rafraîchissement attendu des températures devrait faire du bien aux cépages, on espère que cela nous permettra de récupérer un peu de quantité dans les jours à venir. Ce qui est sûr, c’est que nous aurons des vendanges assez rapides, avec une fin prévue dans la première quinzaine de septembre. Il est encore trop tôt pour dire si la récolte sera bonne ou pas, les semaines à venir seront cruciales.”
Florian Malbert, vigneron à Técou
“Personne ne s’attend à un miracle” “Cette année, personne ne s’attend à un miracle. Nous, on a démarré le 13 août car le degré faisait qu’il fallait commencer. Pour l’instant, on oscille entre 13,5°C et 14,5°C. C’est un beau millésime, la qualité n’a pas été impactée, on n’a pas de pourriture pour le moment. Mais au rendement, on est loin de ce qu’on estimait en mai, avant les premières grosses chaleurs. En rouge, aujourd’hui on a une baisse de production de 40%. Pour les blancs c’est mitigé : certaines parcelles ont tenu, sur d’autres, il ne reste rien. C’est autant dû à la sécheresse du sol qui fait qu’on manque de jus qu’à la chaleur qui a entraîné une brûlure des grains. Le Loin de l’oeil et le Colombard ont grillé : par endroit, c’est devenu du raisin sec. Et ces derniers jours n’ont pas amélioré la situation : à Técou on a seulement eu 3 mm, le week-end dernier. On a particulièrement surveillé les plantiers, parce que perdre une implantation peut coûter plus cher que le fait de perdre une partie de sa récolte. On a fait un gros travail du sol pour enlever l’herbe au maximum et laisser l’eau pour la vigne. Pour le moment, les plantiers ne sont pas dans un état critique, mais il faudra voir au printemps prochain s’ils poursuivent leur croissance normalement ou non.”