Dossier GTE Ovin Lait
"On se doit d'être technique à tous les niveaux"
Bérenger Gayraud s’est installé avec son oncle en 2022 sur la commune de Moulin-Mage. En misant sur des agnelages tardifs pour le confort de travail, ils témoignent de bons résultats.
Bérenger Gayraud s’est installé avec son oncle en 2022 sur la commune de Moulin-Mage. En misant sur des agnelages tardifs pour le confort de travail, ils témoignent de bons résultats.
“Depuis que nous avons retardé nos agnelages et la traite, nous faisons plus de lait.” Installé en 1983 sur l’exploitation familiale à Moulin-Mage, Jean-Luc Gayraud accompagne aujourd’hui son neveu Bérenger, arrivé il y a 4 ans, avant de partir à la retraite prochainement. À ce jour, l’exploitation regroupe un troupeau de 600 brebis environ mais aussi 35 vaches Aubrac “pour manger les refus des brebis et valoriser les prairies éloignées.” La ferme s’étend sur 170 hectares sur lesquels sont cultivés 20 ha d’orge depuis deux ans et du foin sur une centaine d'hectares en intégrant des légumineuses au maximum : ”La luzerne, c’est l’idéal pour nos animaux. Notamment en termes d’azote. C’est plus compliqué à travailler mais plus riche nutritionnellement”, indique le jeune éleveur. De plus, 50 ha sont utilisés pour le pâturage.
"La qualité de vie compte"
Initialement à 1 000 hectolitres, le contrat du Gaec de Lesties a été revu à la hausse par Société au moment de l’installation de Bérenger. Avec 1 850 hl désormais, la production doit être au rendez-vous. Le prix, lui, est motivant : “Nous étions à 887 € / 1000 l en 2021. En 2025, nous sommes à 1 238 €”, se réjouit le producteur de 65 ans. Depuis 2010, Jean-Luc Gayraud opte pour des agnelages tardifs entre le 10 et le 20 janvier environ. L’insémination intervient fin août et la période de traite de mi-février à fin septembre. “Bérenger est un grand chasseur, déclare avec le sourire l’oncle en regardant son neveu, donc il peut en profiter sur les derniers mois de l’année. Avec cette organisation-là, nous avons clairement une période creuse de 3 mois. La qualité de vie compte beaucoup : quand on a toujours la tête dans le guidon, ce n’est pas forcément agréable.” Ce système permet aux éleveurs de laisser leurs brebis à l’herbe pendant toute la campagne. Un “point fort” selon Bérenger, qui est également satisfait d'éviter les grosses chaleurs (et les mouches) durant l’agnelage. En revanche, un inconvénient est à noter : “Nous sommes moins bien payés sur les pics de production, malgré une bonne rémunération moyenne sur l’année.”
L'alimentation, un élément central
“La génétique et l’alimentation, c’est primordial pour avoir de bons résultats.” Jean-Luc Gayraud a depuis longtemps trouvé la bonne recette et son neveu ne compte pas y déroger. L’oncle raconte : “À l’époque de mes parents, chaque brebis produisait 120 litres de lait dans l’année. Aujourd’hui on s’approche des 400. La génétique on l’a, et on peut encore se perfectionner”, pense-t-il. Côté alimentation, le troupeau a droit à une ration sèche à base de luzerne déshydratée en début de traite, accompagnée de drêche de maïs . “Au niveau de la protéine, il ne faut pas se manquer”, rappellent les deux hommes. Lorsque l’été arrive, place à la distribution d’enrubanné avec la dérouleuse automotrice. Un super investissement selon Bérenger : “C’est le top. Avec 20 litres de gazole je fais 20 jours. Donc s’il faut donner 3 balles dans la journée à nos brebis, ce n’est pas un problème. Pourquoi ne pas opter pour une mélangeuse ? C’est trop énergivore en carburant. Et ce n’est pas négligeable.”
Le suivi technique du troupeau est assuré par une technicienne de la Maison de l’élevage du Tarn. Un accompagnement bien accueilli par le jeune éleveur et son oncle : “En AOC Roquefort, il y a des contraintes et ça ne rigole pas. On se doit d’être technique à tous les niveaux et quand on a un problème, on le paye cash.” Cette année et au cours des exercices précédents, le Gaec familial n’a pas lésiné sur les investissements. Il s’est tout d'abord offert un DAC (Distributeur automatique de concentré) et a assidûment travaillé à l’ambiance de la bergerie : “Nous avons changé les toits et mis en place un système de ventilation pour notre confort et celui de nos animaux. On sent la différence. Nous avons également agrandi la bergerie, nos stalles (le tri des brebis est devenu bien plus simple), la fumière et modernisé la salle de traite. Nous sommes également en train de monter une cellule de plus pour stocker notre orge et devenir autonomes”, énumère Béranger. “C’est notre outil de travail, justifie son oncle. Il ne faut pas l’oublier.”
À ce jour, un ouvrier travaille à temps plein sur l'exploitation. Néanmoins, le jeune éleveur commence déjà à anticiper le départ à la retraite de son oncle : “Je ne sais pas encore comment il faudra organiser les choses mais on y pense. Nous sommes ouverts à accueillir quelqu’un, et l’idéal serait même de trouver une personne dédiée au troupeau.”