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Débat
“Améliorer la coordination entre les différents acteurs” 

 Afin de clôturer la 1ère journée de l'édition 2023 du FIRA, une table ronde s’est tenue autour d’une problématique rémanente : “Comment rendre les robots accessibles aux agriculteurs ?”

Le débat a été introduit et animé par Roland Lenain, directeur de recherche d’Inrae, et Marco Medici, enseignant chercheur à l’Institut polytechnique UniLaSalle. Durant cette rencontre entre agriculteurs, chercheurs, et constructeurs du monde entier, les échanges ont été nombreux, les visions de chacun ont été partagées, et tous les intervenants ont été unanimes sur les solutions à apporter au problème établi.

La robotique doit être un +

L’outil peut paraître formidable à première vue, mais paradoxalement, le développement des robots en agriculture peine à se faire, et le taux d’adoption est relativement faible aujourd’hui. Selon Roland Lenain, “on peut retrouver de nombreux exemples qui démontrent que les choses doivent être simples et rapides à utiliser pour l’agriculteur. L’outil doit lui offrir différents bénéfices. Mais alors, comment la robotique peut-elle apporter quelque chose de très positif aux agriculteurs ?” Le directeur de recherche a lui-même apporté une réponse à sa question : “en étant capable de réduire l’impact environnemental par exemple, par le biais de l’agroécologie, qui représente un bon plan stratégique offrant l’opportunité de dégager un certain nombre d’idées. Permettre à la robotique d’être intégrée à la transition écologique en est une.” Ce n’est un secret pour personne, les avancées technologiques font partie des choses qui évoluent vite dans notre société, et le monde agricole en est témoin. L’univers virtuel est par ailleurs un concept qui fait progressivement parler de lui depuis quelques années. Il pourrait notamment répondre à des problématiques de sécurité sur la robotique agricole : “Nous avons déjà envisagé de réaliser des essais et tests virtuels pour les tracteurs autonomes de l’avenir. Nous serons toujours ouverts tant que le résultat pratique montrera que cela est représentatif de la réalité”, indique Christophe Tissier, conseiller technique au Cema (Comité européen des groupements de constructeurs du machinisme agricole).

Mettre en place des formations ? 

Faut-il intégrer l’utilisation de la robotique dans les diverses formations proposées aux agriculteurs ? L’hypothèse a été évoquée, et elle ne semble pas inintéressante. Marco Medici soumet son avis : “Il est difficile de réussir à prendre une bonne décision en utilisant les données qui sont fournies par les différentes technologies de contrôle. Les robots peuvent réaliser des tâches pénibles, répétitives. Ils peuvent également collecter des données, mais surtout prendre des décisions. Personnellement, je m’attends à ce que les agriculteurs fassent leur travail, et les ingénieurs le leur. Cependant, il est vrai qu’il est nécessaire de créer des ponts entre les métiers, afin d’apporter une adoption facile de ces robots.” 

L’avis de l’agriculteur est primordial 

“Il faut simplifier les choses, les rendre pratiques afin de décharger l’agriculteur. Il est important que le technicien parle avec l’utilisateur final. L’agriculteur veut une machine simple, qui fonctionne et qui soit efficace. Malheureusement, leurs retours dénoncent souvent qu’ils ne trouvent pas leur robot pratique”, témoigne Kees Lokhorst, chercheur en agriculture intelligente à l’Université de Wageningen. Son avis demeure largement partagé : “L’agriculteur ne souhaite que trois choses : que la technologie fonctionne, qu’elle leur fasse gagner du temps, et de l’argent. Il faut des chercheurs sur le terrain qui travaillent avec les principaux concernés, afin de traduire le scientifique en infos pratiques. Un outil très puissant existe : la démonstration, pour montrer que cela marche dans de vraies conditions d’utilisation ! Il faut aussi faire des essais et des tests. Les ingénieurs doivent faire ça ! Des équipes interdisciplinaires doivent exister pour assurer l’intermédiaire entre le client et le fournisseur. Car non, les agriculteurs et les chercheurs ne parlent pas le même langage", s'exprime à son tour Gabriel Youtsey, directeur de l’innovation à l’Université de Californie. Il n’hésite pas à faire valoir la situation de ces relations dans son pays : “Aux États-Unis, les agriculteurs font confiance aux chercheurs car ils sont indépendants. La soudure entre le monde universitaire et le monde agricole se fait assez facilement.” Une meilleure communication entre ces différents acteurs est donc préconisée et conseillée pour développer la robotique dans l’agriculture, en France notamment. L’objectif de trouver des solutions doit être commun.

Le débat s’étend dans le public

Au cours de la rencontre, la parole a été donnée au public, afin de faire éclore des opinions et des ressentis différents. Un agriculteur étranger s’est alors permis de questionner les intervenants : “Aujourd’hui, j’ai l’impression que vu qu’il y a des robots, il faut les utiliser. Je me trompe ?” Kees Lokhorst s’est empressé de lui apporter un éclaircissement : “Monsieur l’agriculteur, de quoi avez-vous besoin ? D’accord, je vais le faire pour vous. Voilà la façon dont tout devrait démarrer. Tout devrait commencer par un problème. Ceux qui ont réussi, ce sont ceux qui ont écouté les agriculteurs. Une étude a été réalisée sur la question aux Pays-Bas. Et en effet, le résultat est clair : plus vous parlez aux clients, plus vous avez de chances de proposer quelque chose de pertinent.” Après avoir obtenu réponse à sa question, le professionnel agricole s’est confié : “Nous avons un équilibre délicat à trouver entre les contraaintes réglementaires et la sécurité. Néanmoins, les agriculteurs sont ouverts à beaucoup de choses. Personnellement, je suis en bio et je recherche aujourd’hui des solutions de désherbage. Nous sommes prêts à travailler avec les personnes qui souhaitent nous aider. Je le répète, cette jeune génération est ouverte.”

Sergio, ingénieur agricole dans le nord du Portugal et présent dans le public, a lui aussi souhaité s’exprimer au micro : “Je trouve très étrange le fait de ne trouver que très peu d’ingénieurs agronomes. Ce sont eux qui utilisent le langage des agriculteurs et qui sont présents sur le terrain. C’est dommage que les techniciens d’aujourd’hui ne sachent pas bien comment se comportent les cultures dans les champs. Nous devons intégrer davantage d’agriculteurs à la recherche !” Il poursuit, franchement concerné par la question : “Les robots c’est l’avenir oui, mais quel est celui des agriculteurs ? En France, ils se questionnent et ont un besoin principal qui est de ne pas passer trop de temps sur le tracteur, et gagner du temps !”

“Travailler tous ensemble”

L’objectif semble partagé par les différentes personnalités présentes dans l'amphithéâtre : parvenir à rassembler la recherche, l’industrie et les agriculteurs. Roland Lenain confirme, mais s’interroge : “il est important de rassembler les personnes. Mais parfois, il est vrai que les agriculteurs ne font pas forcément confiance au marketing des entreprises. Il y a peut-être besoin de lieux pour permettre ces débats entre les techniciens ingénieurs et les agriculteurs. Faut-il des forums pour ça ?” Kees Lokhorst ne répond pas directement à la question, mais adopte clairement (comme tous) la vision du directeur de recherche d’Inrae : “Nous avons besoin de beaucoup parler pour comprendre l’agriculture. Le purement technique n’est pas suffisant. Ce sont des univers très différents, et il y a un manque de communication clair entre eux.” Un “manque d’accompagnement” a également été décrié par un agriculteur venu assister au débat. Le chercheur néerlandais dénonce lui-même ce manque d’assistance : “Il faut plus d’initiatives sur le plan technique et agronomique. Il est important de rapprocher les agriculteurs des ingénieurs mécaniques et agronomes. Travailler avec un scientifique ou un économiste par exemple peut être une solution. Ce qu’il faut, c’est travailler ensemble !” Gabriel Youtsey se trouve également préoccupé par ce problème qui pourrait devenir majeur : “Je dirais qu’il y a beaucoup de travaux à réaliser pour réaliser ce lien entre tous les acteurs. Il faut également forcer les chercheurs à s’assurer que leur proposition peuvent être traduites dans des propositions commerciales réelles.” Kees Lokhorst rebondit, et rajoute une dernière couche : “Le problème que nous affrontons est un problème d’échelle. Les machines doivent être prêtes et plus faciles à utiliser. On fait de la nouvelle technologie mais on n'améliore pas la technologie existante. Il ne faut pas en faire trop.” 
 
En guise de conclusion, les intervenants ont conjointement réussi à donner une réponse claire à la problématique énoncée précédemment. Gabriel Youtsey la résume en quelques mots pour clôturer le débat : “Il est nécessaire de rencontrer les agriculteurs et d'écouter leurs besoins. Les démonstrations et les essais sont également très importants, afin d'œuvrer à la réduction des risques notamment. Il faut faire le lien entre l’industrie et le monde agricole !” Le tout, avec l’approbation générale du public présent dans l’amphithéâtre.

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