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Gilbert Delpoux : «Mon seul regret est de ne pas avoir fait plus tôt le choix du bio»

Le Gaec Delpoux, à Tanus, labellisé bio depuis une quinzaine d’années, élève des veaux avec cinquante mères allaitantes en quasi autonomie alimentaire. La viande est vendue à 80 % directement auprès des consommateurs.

© Le Paysan Tarnais

«Mon seul regret est de ne pas l’avoir fait plus tôt.» Gilbert Delpoux ne feint pas sa satisfaction de s’être converti en bio, il y a près de quinze ans. A la tête d’un cheptel de cinquante mères allaitantes et de 67 hectares exploitables qui lui permettent d’atteindre quasiment le stade de l’autosuffisance alimentaire, il écoule désormais 80 % de sa production en vente directe et le reste sur les marchés. Alors non, il ne regrette vraiment pas l’épo-que où il travaillait en conventionnel et où il vendait ses animaux en vif.

Sa conversion fait suite à une prise de conscience après la crise de la vache folle. «Il y a d’abord eu l’épisode de 1996, puis en 2000, on ne vendait plus qu’à 9 francs le kg vif alors qu’on gagnait encore le double l’année d’avant…», se rappelle Gilbert Delpoux. Lui n’était déjà pas un grand consommateur de phytos. «J’ai utilisé une fois des fongicides dans un champ d’orge. En faisant le calcul après la récolte, je me suis aperçu que je n’avais pas récupéré l’argent que cela m’avait coûté», observe l’exploitant. Alors il se rapproche de la Chambre d’agriculture pour entamer sa conversion en 2002. Deux ans plus tard, il obtient sa labellisation. Non sans avoir pensé à bien préparer son nouveau modèle économique.

«Tout seul, cela aurait été compliqué, reconnaît Gilbert Delpoux. Il fallait être deux pour assurer la paperasse et la vente en direct.» Ces missions, c’est son épouse, Nelly, qui s’en charge. Avec pour premier objectif de trouver des débouchés pour leur viande de veau type Aveyron et du Ségala. Le hasard faisant parfois bien les choses : «Des gens des Bouches-du-Rhône ont acheté une maison près de chez nous et nous ont mis en contact avec des gens de là-bas», raconte Nelly. C’est exactement ce dont ils avaient besoin. «Il fallait un endroit où il y ait du monde et pas spécialement de bonnes viandes.» Banco.

Depuis 2004, Nelly se rend en moyenne une fois par mois dans les Bouches-du-Rhône pour assurer une des livraisons trimestrielles qui lui permet d’approvisionner les 500 contacts de son fichier clients. «Certains ne voudraient forcément que des escalopes, mais il faut que tous nos morceaux partent. Alors on fait des caissettes de 5 kg, et les gens ont appris à tout cuisiner. Certains me donnent même des astuces, maintenant !», savoure Nelly, qui n’est jamais autant satisfaite que lorsque des personnes âgées la remercie après avoir retrouvé des saveurs de viande de leur enfan-ce.

Pour le Gaec Delpoux, la satisfaction reçue en direct du client se conjugue donc à celle du travail bien fait, «selon une certaine éthique. On n’a pas fait fortune, note les époux Delpoux. Mais comme il n’y a plus d’intermédiaire, on a une meilleure plus value sur nos produits» qui se vendent à 14,40 €/kg de viande. L’heure de la retraite ayant sonné pour Gilbert depuis quelques mois, c’est désormais le fils, Romain, qui a repris les rênes de l’exploitation. C’est à lui qu’il reviendra d’inventer la suite du Gaec, notamment quand Nelly se retirera à son tour et ne pourra plus assurer les livraisons en direct. Il sera alors peut-être temps d’imaginer d’autres débouchés commerciaux pour continuer à régaler les papilles des amateurs de bonne viande de veau.

D. MONNERY

Retrouvez l'intégralité du dossier avec un état des lieux de la production bio et d'autres témoignages dans l'édition en ligne

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