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Les premiers canetons de retour sur les élevages tarnais de palmipèdes gras

Après le vide sanitaire imposé par les mesures «grippe aviaire», les canetons commencent à faire leur retour sur les élevages tarnais. Témoignage à Cadalen sur l’Earl Puech Méric.

Lundi 16 mai sur l’Earl Puech Meric à Cadalen, Bruno et Jean-Christophe Fabre ont rentré une bande de 4 000 canetons.
Lundi 16 mai sur l’Earl Puech Meric à Cadalen, Bruno et Jean-Christophe Fabre ont rentré une bande de 4 000 canetons.
© Le Paysan Tarnais

Depuis le lundi 16 mai, les éleveurs tarnais peuvent à nouveau mettre en place des palmipèdes gras sur leurs exploitations. C’est ce jour là que la production de canards a repris sur l’Earl Puech Meric à Cadalen. Bruno et Jean-Christophe Fabre ont rentré, comme ils le faisaient avant la crise de la grippe aviaire, une bande de 4 000 canetons. «Avant nous faisions 10 bandes par an, une toutes les 5 semaines» explique Bruno. «Avec les nouvelles mesures de biosécurité, et notamment l’allongement de la durée des vides sanitaires, nous sommes obligés de laisser 6 semaines entre deux arrivées de canetons. Nous ne pouvons plus faire chevaucher les lots comme nous le faisions jusque là. Désormais, nous devons donc faire tourner l’exploitation avec 20% de production en moins sur l’atelier canards. Et nous ne compenserons pas cette perte par des effectifs plus importantes par bande. Cela nous imposerait d’agrandir les bâtiments et les parcs. Nous n’en n’avons pas les moyens.»

Avec deux associés sur 50 ha de SAU, la pilule de la grippe aviaire est dure à avaler sur l’Earl Puech Meric. «Chez nous, l’arrêt de production a fait sauter 3 bandes de canards sur nos 10 habituelles. Cette obligation de vide sanitaire ampute de 30% le chiffre d’affaires de cette année. Nous avons évalué les investissements pour la mise en place des mesures de biosécurité à près de 20000 euros. Il faut installer des SAS sur nos bâtiments d’élevage, crêpir les murs, bétonner l’entrée des bâtiment et une aire de désinfection pour les camions. Et encore, on a de la «chance», notre bâtiment de démarrage est déjà équipé d’un SAS ! En termes de perspectives, c’est très compliqué. On redémarre la production sur des volumes inférieurs et avec des charges en plus, dans un contexte déjà lourd pour l’agriculture… Honnêtement, ça a été difficile de trouver la motivation pour s’y remettre. Heureusement que le revenu de l’exploitation n’est pas uniquement basé sur l’atelier canards. Nous avons 10 ha de maïs semences et 6 ha de cultures maraîchères (ail, oignon) qui nous permettent de tenir le coup.»

La crise de la grippe aviaire et toutes les mesures qui ont été mises en place pour contenir la maladie pèsent financièrement et moralement sur les exploitations tarnaises de palmipèdes gras. «Je ne suis pas contre les normes» souligne Bruno Fabre. «Je suis conscient qu’elles sont nécessaires. Mais là, c’est vraiment le sentiment d’injustice qui domine. Il n’y a rien de logique dans le zonage de ces mesures, tout est flou dans le guide des bonnes pratiques qu’ils ont sorti. On sent vraiment que tout est dicté par des gens qui ne connaissent rien de nos métiers et des réalités du terrain. Je me suis installé en 2011 et mon projet était construit avec 10 bandes de 4 000 canards par an. La gestion de cette crise remet tout en cause sur notre exploitation. Aujourd’hui, nous avons l’opportunité de reprendre une exploitation de 50 ha irrigables à côté de chez nous. Cet agrandissement devait nous permettre de nous donner un peu d’air et de dégager un meilleur revenu. Au final, il va tout juste nous permettre de financer la mise aux normes et de compenser la baisse de production.»

S. Lenoble

 

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